Le jeune homme, profondément ému, avait peine à articuler ses mots:
—Écoutez-moi! reprit vivement la marquise, et ne vous méprenez pas sur le sens de mes paroles... Je ne puis vous répondre encore... il m'est impossible, pour des raisons que vous ne pouvez comprendre, de vous autoriser à la recherche de la main de Lucie... non que je ne vous connaisse pas digne d'elle... les épreuves que vous avez supportées vous ont purifié du passé... et je crois en vous... mais dans cette famille où vous voulez entrer, il est des secrets terribles que vous ignorez et qui ne m'appartiennent pas, à moi seule.
—Quoi! madame, vous me permettez d'espérer?...
—Je serais heureuse de vous nommer mon fils... Mais, ajouta-t-elle vivement, en réprimant d'un geste l'élan enthousiaste du jeune homme, je crains que cette union ne soit impossible....
—Je ne vous comprends pas! En vérité, vous m'épouvantez! Mais c'est toute ma vie qui se joue en ce moment....
—Souvent déjà je vous ai dit que le mot suprême de l'existence est celui-ci: Patience! Ne vous laissez donc entraîner ni par une exaltation ni par un désespoir que rien ne justifie... Je ne puis vous répondre, vous dis-je.... Attendez quelques semaines... quelques jours peut-être... et alors je vous dirai toute la vérité.
—Oui, j'attendrai... l'espoir au coeur! car maintenant je me sens plus fort, puisque vous ne m'avez pas repoussé.
—Mais, dites-moi, Martial, vous m'affirmez que jamais un mot de vous n'a pu faire deviner à Lucie les sentiments cachés au fond de votre âme?...
—Je vous le jure....
—Croyez-vous, cependant, qu'elle vous aime?