Il avait, en vérité, bien d'autres pensées en tête que les soucis de famille. Il faisait partie de ces commissions extraordinaires qui, parcourant tout le royaume, jugeaient ou plutôt condamnaient les courageux citoyens qui s'efforçaient d'arracher la France au joug clérical de la Restauration.
Son absence, c'était le salut pour les siens. Mathilde fut admirable pour sa soeur, et, peu à peu, Marie de Mauvillers revint à la santé. Son cerveau, ébranlé par tant et de si terribles secousses, reprit enfin sa lucidité, et elle put jeter un regard sur l'avenir.
Certes, elle avait songé à mourir. Veuve de Jacques de Costebelle, violemment séparée de son enfant, elle était désormais isolée dans son désespoir. Mais une voix lui criait qu'elle n'avait pas le droit d'abandonner la lutte.
L'infâme Biscarre l'avait dit: il ne tuerait pas Jacques. Sa vengeance pour être plus criminelle épargnait du moins la vie de l'enfant. Marie de Mauvillers résolut de donner toute son existence à la recherche de cette créature, que le sort avait frappée dès sa naissance et que menaçaient pour l'avenir les périls les plus effrayants.
Mais que faire?... que pouvait-elle, faible, désarmée, ne pouvant réclamer l'appui de son père contre le misérable qui lui avait juré une haine implacable?
Ce fut alors qu'elle se souvint du testament—car c'était bien un testament, hélas! que lui avait remis Jacques.
Respectant la volonté du martyr, elle attendit que l'année entière fût révolue, puis elle brisa le cachet.
Jacques lui donnait des conseils pour leur enfant, il la suppliait de vivre pour lui.
Et il ajoutait:
«En ce monde de fausseté et de violence, il faut, ma douce Marie, que tu puisses trouver un ami sûr et qui vous défende tous deux contre les périls de la vie.