—L'ami de l'Eni! l'ami de mon père!
—Vous n'êtes ni l'un ni l'autre celui que vous croyez reconnaître, dit Armand. Martial, ce costume vous trompe. Cet homme est Soëra, le fils de celui qui fut l'ami de votre père... et toi, Soëra, cet homme est le fils de celui qui est resté fidèle à l'Eni, ton père, jusqu'au jour où tous deux ont perdu la vie.
Puis il reprit:
—Martial, cette épreuve est décisive. Depuis le jour où, pour la première fois, vous avez comparu devant nous, vos traits m'avaient frappé... car ils étaient gravés dans ma mémoire, depuis l'heure terrible où avait expiré sous mes yeux le vieillard martyrisé. Soëra vient de me prouver que je n'étais pas le jouet d'une illusion. Martial! l'homme que des misérables ont tué, après l'avoir torturé, hélas! il n'y a plus à en douter, c'était votre père!
Martial poussa un cri terrible; portant les mains à son front, il chancela, comme si la foudre l'eût frappé.
Il serait tombé, si Annibal ne l'eût soutenu dans ses bras.
Mais, se redressant tout à coup:
—Ses assassins! cria-t-il, je veux les connaître!... Je veux savoir le nom de ces misérables tortionnaires... Mon père! mon pauvre père!...
Il sanglotait. Cette douleur déchirante était à navrer.
—Ainsi, murmurait-il dans ses sanglots, il s'est trouvé des êtres assez infâmes pour ne pas reculer devant cette lâcheté de déchirer les membres d'un pauvre vieillard!... lui si bon!... si dévoué à la grande cause de l'humanité! Mais, ces bêtes féroces, je les découvrirai, et je leur ferai payer leur crime par des tourments effroyables!