Je revins tout tremblant à la maison. Ma famille, qui était également au cirque Napoléon, vint m'y retrouver presque aussitôt.
Si les miens étaient heureux du succès, ils étaient encore plus contents d'avoir entendu cet ouvrage.
On n'aurait plus songé à ce siffleur égaré si, le lendemain, en première page, dans le Figaro, Albert Wolf n'eût consacré un long article, aussi désobligeant que possible, à m'éreinter. Son esprit brillant et railleur l'avait rendu très amusant à lire pour le public. Mon camarade Théodore Dubois, jeune comme moi dans la carrière, eut l'admirable courage, tout en risquant de perdre sa situation, de répondre à Albert Wolf.
Il lui adressa une lettre digne, en tous points, du noble et grand cœur qui battait en lui.
Reyer, de son côté, me consola de l'article du Figaro par ce mot curieux et piquant: «Laissez-le dire. Les gens d'esprit, comme les imbéciles, sont susceptibles de se tromper!»
Quant à Albert Wolf, je dois à la vérité de déclarer qu'il regretta tellement ce qu'il avait écrit, sans y attacher, d'ailleurs, d'autre importance que celle d'amuser ses lecteurs, et sans se douter qu'il pouvait du même coup tuer l'avenir d'un jeune musicien que, par la suite, il devint mon plus fervent ami.
Trois concours avaient été institués par l'empereur Napoléon III. Je n'attendis pas le lendemain pour y prendre part.
Je concourus donc pour la cantate Prométhée, l'opéra-comique le Florentin, et l'opéra la Coupe du Roi de Thulé.
Le résultat ne me donna rien.
Saint-Saëns eut le prix avec Prométhée, Charles Lenepveu fut couronné avec le Florentin, ma place fut la troisième, et, avec la Coupe du Roi de Thulé, Diaz obtint la première place. Il fut joué à l'Opéra, dans des conditions merveilleuses d'interprétation.