C'est là qu'il commença sa traduction de la Bible. Plusieurs versions allemandes en avaient été déjà publiées à Nuremberg, en 1477, 1483, 1490, et à Augsbourg en 1518; mais elles n'étaient point faites pour le peuple. (Nec legi permittebantur, nec ob styli et typorum horriditatem satisfacere poterant. Seckendorf, lib. I, 204.)

Avant la fin du quinzième siècle, l'Allemagne possédait au moins douze éditions de la Bible en langue vulgaire, tandis que l'Italie n'en avait encore que deux, et la France une seule. (Jung, hist. de la Réforme à Strasbourg.)

Les adversaires de la Réforme contribuaient eux-mêmes à augmenter le nombre des Bibles en langue vulgaire. Ainsi, Jérôme Emser publia une traduction de l'Écriture pour l'opposer à celle de Luther. (Cochlæus, 50.) Celle de Luther ne parut complète qu'en 1534.

Le seul institut de Canstein à Halle, imprima, dans l'espace de cent ans, deux millions de Bibles, un million de Nouveaux Testamens et autant de Psautiers. (Ukert, t. ii, p. 339.)

«J'avais vingt ans, dit Luther lui-même, que je n'avais pas encore vu de Bible. Je croyais qu'il n'existait d'autres évangiles ni épîtres que celles des sermonaires. Enfin, je trouvai une Bible dans la bibliothèque d'Erfurt, et j'en fis souvent lecture au docteur Staupitz avec un grand étonnement...» (Tischreden, p. 255.)

»Sous la papauté, la Bible était inconnue aux gens. Carlostad commença à la lire lorsqu'il était déjà docteur depuis huit ans.» (Tischreden, p. 6, verso.)

«A la diète d'Augsbourg (1530), l'évêque de Mayence jeta un jour les yeux sur une Bible. Survint par hasard un de ses conseillers qui lui dit: «Gracieux seigneur, que fait de ce livre votre Grâce électorale?» A quoi il répondit: «Je ne sais quel livre c'est; seulement tout ce que j'y trouve est contre nous.»—Le docteur Usingen, moine augustin, qui fut mon précepteur au couvent d'Erfurt, me disait, quand il me voyait lire la Bible avec tant d'ardeur: «Ah! frère Martin, qu'est-ce que la Bible? On doit lire les anciens docteurs qui en ont sucé le miel de la vérité. La Bible est la cause de tous les troubles.» (Tischred., p. 7.)

Selneccer, contemporain de Luther, rapporte que les moines, voyant Luther très assidu à la lecture des livres saints, en murmurèrent et lui dirent que ce n'était pas en étudiant de la sorte, mais en quêtant et ramassant du pain, de la viande, du poisson, des œufs et de l'argent, qu'on se rendait utile à la communauté.—Son noviciat fut très dur; on le chargea, dans l'intérieur de la maison, des travaux les plus pénibles et les plus vils, et en dehors, de la quête avec la besace. (Almanach des protestans pour 1810, p. 43.)

«Naguère le temps n'était pas bon pour étudier; on tenait en tel honneur le païen Aristote, que celui qui eût parlé contre, eût été condamné à Cologne comme le plus grand hérétique. Encore ne l'entendaient-ils pas. Les sophistes l'avaient tant obscurci! Un moine, en prêchant la Passion, agita pendant deux heures cette question: Utrùm qualitas realiter distincta sit à substantiâ. Et il disait, pour donner un exemple: Ma tête pourrait bien passer par ce trou, mais la grosseur de ma tête n'y peut passer.» (Tischred., p. 15, verso.)

«Les moines méprisaient ceux d'entre eux qui étaient savans. Ainsi mes frères au couvent m'en voulaient d'étudier. Ils disaient: Sic tibi, sic mihi, sackum per nackum (le sac sur le cou). Ils ne faisaient aucune distinction.» (Tischred., p. 272.)