»D'abord il dit que tout homme a le Saint-Esprit. Secondement, que le Saint-Esprit n'est autre chose que notre raison et notre intelligence. Troisièmement, que tout homme a la foi. Quatrièmement, qu'il n'y a pas d'enfer; que du moins la chair seule sera damnée. Cinquièmement, que toute âme aura la vie éternelle. Sixièmement, que la simple nature nous enseigne de faire au prochain ce que nous voulons qu'on nous fasse; c'est là, disent-ils, la foi. Septièmement, que la loi n'est pas violée par la concupiscence, tant que nous ne consentons pas au plaisir. Huitièmement, que celui qui n'a pas le Saint-Esprit, est aussi sans péché, car il n'a pas de raison.
»Tout cela ce sont des propositions audacieuses, de vains jeux de la fantaisie; si l'on excepte la septième, les autres ne méritent pas de réponse......
»Il nous suffit de savoir que Dieu ne veut pas que nous péchions. Pour la manière dont il permet, ou veut qu'il y ait du péché, nous ne devons pas toucher cette question. Le serviteur ne doit point savoir le secret du maître, mais seulement ce qu'il ordonne. Combien moins une pauvre créature doit-elle vouloir scruter et approfondir la majesté et le mystère de son Dieu?...
»Nous avons assez à faire pendant toute notre vie, de connaître la loi de Dieu et d'apprendre son fils Jésus-Christ...» 1525. (Luth. Werke, tome II, p. 61, sqq.)
[a58] Page 151, ligne 11.—Luther crut devoir se transporter à Iéna...
Carlostad, dans une dispute, cita Luther au jugement dernier.—«Comme nous étions à l'hôtellerie, et que nous parlions de ces affaires, après s'être engagé à défendre sa doctrine à fond, soudain il se détourna, fit claquer ses doigts, et dit: «Je me moque de vous.» Or, s'il ne m'estime pas davantage, qui d'entre nous estimera-t-il? ou pourquoi perdrai-je mon temps à le prêcher? Je pense toujours qu'il me regarde comme l'un des plus savans de Wittemberg; et cependant, il me dit au nez: «Je me moque de vous.» Comment, après cela, peut-on croire encore à sa sincérité, lorsqu'il prétend vouloir se laisser instruire?»
Carlostad avait abandonné ses fonctions de professeur et d'archidiacre à Wittemberg (tout en gardant son traitement) pour aller à Orlamünde, sans autorisation ni de l'Électeur ni de l'Université. Ce fut une des causes du mécontentement qui éclata contre lui. L'Université lui ayant écrit pour le rappeler dans son sein, il lui fit répondre par ses partisans d'une manière insolente.
Luther fut envoyé par l'Électeur et l'Université à Orlamünde pour y prêcher contre les doctrines de Carlostad et tout ramener à l'ordre; mais il fut très mal reçu par le peuple.
Carlostad s'habillait à Orlamünde plus simplement que les autres pasteurs. Il ne souffrait pas qu'on l'appelât docteur; il se faisait appeler frère André, voisin André. Il se soumettait à la juridiction du juge de la petite ville, pour être entièrement comme les autres bourgeois. (Luth. Werke, t. II, p. 18-22.)
[a59] Page 152, ligne 21.—Luther obtint un ordre pour le faire sortir...