Poussé par la contradiction, Luther arrive à soutenir les propositions suivantes: La grâce est donnée gratuitement aux plus indignes, aux moins méritans; on ne peut l'obtenir par des études, des œuvres, des efforts petits ou grands; elle n'est pas même accordée au zèle ardent du meilleur, du plus vertueux des hommes, qui cherche et suit la justice. (De servo arbitrio, p. 520.)

[a75] Page 216, ligne 1.—Jusqu'à son dernier jour, le nom d'Érasme, etc...

«Ce que tu m'écris d'Érasme, qu'il écume contre moi, je le sais, et je l'ai bien vu par ses lettres... C'est un homme très léger, qui se rit de toutes les religions, comme son Lucien, et qui n'écrit rien de sérieux, si ce n'est par vengeance et pour nuire.» (28 mai 1529.)

«Érasme se montre digne de lui-même, en poursuivant ainsi le nom luthérien, qui fait sa sûreté. Que ne s'en va-t-il chez ses Hollandais, ses Français, ses Italiens, ses Anglais, etc.?... Il veut par ces flatteries se préparer un logement, mais il n'en trouvera pas et tombera à terre entre deux selles. Si les luthériens l'avaient haï comme les siens le haïssent, ce ne serait qu'au péril de ses jours qu'il vivrait à Bâle. Mais que le Christ juge cet athée, ce Lucien, cet Épicure.» (7 mars 1529.)

Cette lettre se rapporte probablement à la publication suivante: Contrà quosdam qui se falso jactant Evangelicos, epistola Desid. Erasmi Rot. jàm recens edita et scholiis illustrata. Ad Vulturium Neocomum dat. Frib. 1529. in-8o.

[a76] Page 216, ligne 9.—Ces détours, et la conduite équivoque d'Érasme, n'allaient point à l'énergie de Luther.

«Je te vois, mon cher Érasme, te plaindre dans tes écrits, de ce tumulte, et regretter la paix, la concorde, que nous avons perdues. Cesse de te plaindre, de chercher des remèdes. Ce tumulte, c'est par la volonté de Dieu qu'il s'est élevé et qu'il dure encore; il ne cessera pas avant que tous les adversaires de la parole de Dieu soient devenus comme la boue de nos carrefours.» (De servo arbitrio, p. 465.)

[a77] Page 219, ligne 3.—Mariage de Luther...

Luther, en prêchant le mariage des prêtres, ne songeait qu'à mettre fin au honteux démenti qu'ils donnaient chaque jour à leur vœu de chasteté; il ne s'avisait point alors qu'un prêtre marié pût préférer sa famille selon la chair à celle que Dieu et l'Église lui ont donnée. Mais lui-même ne put toujours se soustraire à ces sentimens égoïstes du père de famille; il lui échappe parfois des paroles qui forment un fâcheux contraste avec la charité et le dévouement, tels que les prêtres catholiques les ont compris et souvent pratiqués. «Il suffit, dit-il dans une instruction à un pasteur, que le peuple communie trois ou quatre fois par an, et publiquement. La communion donnée séparément aux particuliers deviendrait un poids trop lourd pour les ministres, surtout en temps de peste. Il ne faut point d'ailleurs rendre ainsi l'Église, avec ses sacremens, l'esclave de chacun, surtout de ceux qui la méprisent et veulent cependant qu'à tout événement l'Église soit prête pour eux, eux qui ne font jamais rien pour elle.» (26 novembre 1539.)

Cependant il se conduisait lui-même d'après d'autres maximes. Il montra dans les circonstances graves une charité héroïque.