Mélanchton trouve probable l'opinion de saint Augustin, qui soutient «que nous sommes justifiés par la foi, par la rénovation,» et qui, sous le mot de rénovation, comprend tous les dons et les vertus que nous tenons de Dieu[11]. «Quelle est votre opinion? demanda-t-il à Luther. Tenez-vous, avec saint Augustin, que les hommes sont justifiés par la rénovation, ou bien par imputation divine?»—Luther répond: «Par la pure miséricorde de Dieu.»—Mélanchton propose de dire que l'homme est justifié principaliter par la foi, et minùs principaliter par les œuvres, en sorte que la foi rachète l'imperfection de celles-ci.—Luther. «La miséricorde de Dieu est seule la vraie justification. La justification par les œuvres n'est qu'extérieure; elle ne peut nous délivrer ni du péché ni de la mort.»—Mélanchton. Je vous demande ce qui justifie saint Paul et le rend agréable à Dieu, après sa régénération par l'eau et l'esprit?—Luther. «C'est uniquement cette régénération même. Il est devenu juste et agréable à Dieu par la foi, et par la foi il reste tel à jamais.»—Mélanchton. Est-il justifié par la seule miséricorde, ou bien l'est-il principalement par la miséricorde, et moins principalement par ses vertus et ses œuvres?—Luther. «Non pas. Ses vertus et ses œuvres ne sont bonnes et pures que parce qu'elles sont de saint Paul, c'est-à-dire d'un juste. Une œuvre plaît ou déplaît, est bonne ou mauvaise, à cause de la personne qui la fait.»—Mélanchton. Mais vous enseignez vous-même que les bonnes œuvres sont nécessaires, et saint Paul qui croit, et qui en même temps fait les œuvres, est agréable à Dieu pour cela. S'il faisait autrement il lui déplairait.—Luther. «Les œuvres sont nécessaires, il est vrai, mais c'est par une nécessité sans contrainte, et toute autre que celle de la Loi. Il faut que le soleil luise, c'est une nécessité également; cependant ce n'est pas par suite d'une loi qu'il luit, mais bien par nature, par une qualité inhérente et qui ne peut être changée: il est créé pour luire. De même le juste, après la régénération, fait les œuvres, non pour obéir à quelque loi ou contrainte, car il ne lui est pas donné de loi, mais par une nécessité immuable.—Ce que vous dites de saint Paul, qui, sans les œuvres, ne plairait pas à Dieu, est obscur et inexact, car il est impossible qu'un croyant, c'est-à-dire un juste, ne fasse ce qui est bien.»—Mélanchton. Sadolet nous accuse de nous contredire en enseignant que la foi seule justifie, et en admettant néanmoins que les bonnes œuvres sont nécessaires.—Luther. «C'est que les faux frères et les hypocrites, faisant semblant de croire, on leur demande les œuvres pour confondre leur fourberie...»—Mélanchton. Vous dites que saint Paul est justifié par la seule miséricorde de Dieu. A cela je réplique que si l'obéissance ne venait s'ajouter à la miséricorde divine, il ne serait point sauvé, conformément à la parole (I. Cor. IX): «Malheur à moi, si je ne prêchais pas l'Évangile!»—Luther. «Il n'est besoin de rien ajouter à la foi; si elle est véritable, elle est à elle seule efficace toujours et en tout point. Ce que les œuvres valent, elles ne le valent que par la puissance et la gloire de la foi, qui est, comme le soleil, resplendissante et rayonnante par nécessité de nature.»—Mélanchton. Dans saint Augustin, les œuvres sont incluses en ces mots: Solâ fide.—Luther. «Quoi qu'il en soit, saint Augustin fait assez voir qu'il est des nôtres, quand il dit: «Je suis effrayé, il est vrai, mais je ne désespère pas, car je me souviens des plaies du Seigneur.» Et ailleurs, dans ses Confessions: «Malheur aux hommes, quelque bonne et louable que leur vie puisse être, s'ils ne sollicitent la miséricorde de Dieu...»—Mélanchton. Est-elle vraie, cette parole: «La justice est nécessaire au salut?»—Luther. «Non pas dans ce sens, que les œuvres produisent le salut, mais qu'elles sont les compagnes inséparables de la foi qui justifie. C'est tout de même qu'il faudra que je sois là en personne lorsque je serai sauvé.»
«J'en serai aussi,» dit l'autre qu'on menait pour être pendu, et qui voyait les gens courir à toutes jambes vers le gibet... La foi qui nous est donnée de Dieu régénère l'homme incessamment et lui fait faire des œuvres nouvelles, mais ce ne sont pas les œuvres nouvelles qui font que l'homme est régénéré... Les œuvres n'ont pas de justice par elles-mêmes aux yeux de Dieu, quoiqu'elles ornent et glorifient accidentellement l'homme qui les fait... En somme, les croyans sont une création nouvelle, un arbre nouveau. Toutes ces manières de dire usitées dans la Loi, telles que: «Le croyant doit faire de bonnes œuvres, ne nous conviennent donc plus. On ne dit pas: Le soleil doit luire, un bon arbre doit porter de bons fruits, trois et sept doivent faire dix. Le soleil luit par sa nature, sans qu'on le lui commande; le bon arbre porte de même ses bons fruits; trois et sept ont de tout temps fait dix; il n'est pas besoin de le commander pour l'avenir.
Le passage suivant est plus exprès encore. «Je pense qu'il n'y a point de qualité qui s'appelle foi ou amour, comme le disent les rêveurs et les sophistes, mais je reporte cela entièrement au Christ, et je dis mea formalis justitia (la justice certaine, permanente, parfaite, dans laquelle il n'y a ni manque, ni défaut; celle qui est comme elle doit être devant Dieu), cette justice c'est le Christ, mon seigneur. (Tischr., p. 133.)
Ce passage est un de ceux qui font le plus fortement sentir le rapport intime de la doctrine de Luther avec le système d'identification absolue. On conçoit que la philosophie allemande ait abouti à Schelling et à Hegel.
[a69] Page 152.
Les papistes se moquaient beaucoup des quatre nouveaux Évangiles. Celui de Luther, qui condamne les œuvres; celui de Kuntius, qui rebaptise les adultes; celui d'Othon de Brunfels, qui ne regarde l'Écriture que comme un pur récit cabalistique, surda sine spiritu narratio; enfin, celui des mystiques (Cochlæus, p. 165.) Ils auraient pu y joindre celui du docteur Paulus Ricius, médecin juif, qui fit paraître, pendant la diète de Ratisbonne, un petit livre où Moïse et saint Paul montraient, dans un dialogue, comment toutes les opinions religieuses qui excitaient tant de disputes pouvaient être conciliées.
[a70] Page 155, ligne 6.—J'ai vu dans l'air un petit nuage de feu... Dieu est irrité...
«La comète me donne à penser que quelque malheur menace l'Empereur et Ferdinand. Elle a tourné sa queue d'abord vers le nord, puis vers le sud, désignant ainsi les deux frères. (oct. 1531.)
[a71] Page 156, ligne 24.—Michel Stiefel croit être le septième ange...
«Michel Stiefel, avec sa septième trompette, nous prophétise le jour du jugement pour cette année, vers la Toussaint.» (26 août 1533.)