[a72] Page 162, fin du chapitre.
Il se moque de l'importance donnée aux cérémonies extérieures dans une lettre à George Duchholzer, ecclésiastique de Berlin, qui lui avait demandé son avis sur la réforme récemment introduite dans le Brandebourg: «..... Pour ce qui est de la chasuble, des processions et autres choses extérieures que votre prince ne veut pas abolir, voici mon conseil: S'il vous accorde de prêcher l'Évangile de Jésus-Christ purement et sans additions humaines, d'administrer le baptême et la communion tels que Christ les a institués, de supprimer l'adoration des saints et les messes des morts, de renoncer à bénir l'eau, le sel et les herbes, de ne plus porter les saints-sacremens dans les processions, enfin s'il n'y fait chanter que des cantiques purs de toute doctrine humaine: faites les cérémonies qu'il demande, à la garde de Dieu, portez une croix d'or ou d'argent, une chape, une chasuble de velours, de soie, de toile et tout ce que vous voudrez. Si votre seigneur ne se contente pas d'une seule chape ou chasuble, mettez-en trois, comme le grand prêtre Aaron qui mettait trois robes l'une sur l'autre, toutes belles et magnifiques. Si sa Grâce électorale n'a pas assez d'une seule procession que vous ferez avec chant et tintamarre, faites-la sept fois, comme Josué et les enfans d'Israël allèrent sept fois autour de Jéricho en criant et sonnant des trompettes. Et pour peu que cela amuse sa Grâce électorale, elle n'a qu'à ouvrir elle-même la marche, et danser devant les autres, au son des harpes, des timbales et des sonnettes, comme fit David devant l'arche du Seigneur à Jérusalem; je ne m'y oppose point. Ces choses, quand l'abus ne s'y mêle point, n'ajoutent, n'ôtent rien à l'Évangile. Mais il faut se garder d'en faire des nécessités, des chaînes pour la conscience. Si seulement je pouvais en venir là avec le pape et ses adhérens, ah! que je remercierais Dieu! Vraiment, si le pape me cédait ce point, il pourrait me dire de porter je ne sais quoi, que je le porterais pour lui faire plaisir..... Pardonnez-moi, mon cher ami, de vous répondre si brièvement aujourd'hui; j'ai la tête si faible, qu'il m'en coûte d'écrire...» (4 décembre 1539.)
[a73] Page 177, ligne 18.—Elle tomba raide...
«Une servante avait eu, pendant bien des années un invisible esprit familier qui s'asseyait près d'elle au foyer, où elle lui avait fait une petite place, s'entretenant avec lui pendant les longues nuits d'hiver. Un jour la servante pria Heinzchen (elle nommait ainsi l'esprit) de se laisser voir dans sa véritable forme. Mais Heinzchen refusa de le faire. Enfin, après de longues instances, il y consentit, et dit à la servante de descendre dans la cave, où il se montrerait. La servante prit un flambeau, descendit dans le caveau, et là, dans un tonneau ouvert, elle vit un enfant mort qui flottait au milieu de son sang. Or, longues années auparavant, la servante avait mis secrètement un enfant au monde, l'avait égorgé, et l'avait caché dans un tonneau.» (Tischreden, page 222, trad. d'Henri Heine. Voy. son bel article sur Luther, Revue des deux Mondes, 1er mars 1834.)
[a74] Page 182, ligne 15.—Ils saisissaient la tête...
«L'ennemi de tout bien et de toute santé (le diable), chevauche quelquefois à travers ma tête, de manière à me rendre incapable de lire ou d'écrire la moindre des choses.» (28 mars 1532.)
[a75] Page 183, ligne 9.—Le diable n'est pas, à la vérité, un docteur qui a pris ses grades...
«C'est une chose merveilleuse, dit Bossuet, de voir combien sérieusement et vivement il décrit son réveil, comme en sursaut, au milieu de la nuit, l'apparition manifeste du diable pour disputer contre lui. La frayeur dont il fut saisi, sa sueur, son tremblement et son horrible battement de cœur dans cette dispute; les pressans argumens du démon qui ne laisse aucun repos à l'esprit; le son de sa puissante voix; ses manières de disputer accablantes, où la question et la réponse se font sentir à la fois. Je sentis alors, dit-il, comment il arrive si souvent qu'on meure subitement vers le matin: c'est que le diable peut tuer et étrangler les hommes, et sans tout cela, les mettre si fort à l'étroit par ses disputes, qu'il y a de quoi en mourir, comme je l'ai plusieurs fois expérimenté.» (De abrogandâ missâ privatâ, t. VII, 222, trad. de Bossuet. Variations, II, p. 203.)
[a76] Page 201, ligne 8.—Après avoir prêché à Smalkalde...
Il écrivit à sa femme sur cette maladie: «... J'ai été comme mort; je t'avais déjà recommandée, toi et nos enfans, à Dieu et à notre Seigneur, dans la pensée que je ne vous reverrais plus; j'étais bien ému en pensant à vous; je me voyais déjà dans la tombe. Les prières et les larmes de gens pieux qui m'aiment, ont trouvé grâce devant Dieu. Cette nuit a tué mon mal, me voilà comme rené...» (27 février 1537.)