Jean de Stockhausen avait demandé à Luther des remèdes contre les tentations spirituelles et la mélancolie. Luther lui conseilla dans une lettre d'éviter la solitude et de fortifier sa volonté par une vie active, laborieuse. Il lui recommanda, outre la prière, la lecture du livre de Gerson: De cogitationibus blasphemiæ. (27 novembre 1532.)
Il donna des conseils semblables au jeune prince Joachim d'Anhalt, «La gaîté, dit-il, et le bon courage (en tout bien et tout honneur) sont la meilleure médecine des jeunes gens, disons mieux, de tous les hommes. Moi-même qui ai passé ma vie dans la tristesse et les pensées sombres, j'accepte aujourd'hui la joie partout où elle se présente, je la recherche même. La joie criminelle vient de Satan, il est vrai, mais la joie qu'on trouve dans le commerce d'hommes honnêtes et pieux, celle-là plaît au Seigneur..... Montez à cheval, allez à la chasse avec vos amis, amusez-vous avec eux. La solitude et la mélancolie sont un poison; c'est la mort des hommes, et surtout des hommes jeunes.» (26 juin 1534.)
Mélanchton raconta un jour à la table de Luther la fable suivante: «Un paysan traversant une forêt, rencontra une caverne où se trouvait un serpent. Une grande pierre roulée devant, empêchait l'animal d'en sortir. Il supplia le paysan d'enlever la pierre, lui promettant la plus belle récompense. Le paysan se laissa tenter, délivra le serpent, et lui demanda le prix de sa peine. A quoi le serpent répondit qu'il allait lui donner la récompense que le monde donne à ses bienfaiteurs, qu'il allait le tuer. Tout ce que le paysan put obtenir par ses supplications, fut qu'ils remettraient leur différend au jugement du premier animal qu'ils rencontreraient. Ce fut d'abord un vieux cheval qui n'avait plus que la peau et les os. Pour toute réponse, il dit: «J'ai consumé tout ce que j'avais de force au service de l'homme; pour récompense, il va me tuer, m'écorcher.» Ils rencontrèrent ensuite un vieux chien que son maître venait de rouer de coups; ce nouvel arbitre donna même décision. Le serpent voulait alors tuer son bienfaiteur. Celui-ci obtint qu'ils prendraient un nouveau juge, et que la sentence de ce dernier serait décisive. Après avoir marché quelques pas, ils virent venir à eux un renard. Dès que le paysan l'aperçut, il invoqua son secours, et lui promit tous ses poulets, s'il rendait une décision favorable. Le renard ayant entendu les parties, dit qu'avant de prononcer, il fallait remettre toutes choses dans leur premier état; que le serpent devait retourner dans la caverne pour entendre le jugement. Le serpent consentit, et, dès qu'il y fut, le paysan boucha le trou de son mieux. Le renard vint la nuit suivante prendre les poulets qui lui étaient promis; mais la femme et les valets du paysan le tuèrent.» Mélanchton ayant fini ce conte, le docteur dit: «Voilà bien l'image de ce qu'on voit dans le monde. Celui que vous avez sauvé de la potence vous fait pendre. Si je n'avais d'autre exemple, je n'aurais qu'à penser à Jésus-Christ qui, après avoir racheté le monde entier du péché, de la mort, du diable et de l'enfer, fut crucifié par les siens mêmes.» (Tischreden, p. 56.)
Les plaisanteries, les jeux de mots qui se rencontrent si souvent dans les lettres des années précédentes, ont disparu dans celles-ci; la correspondance de Luther devient triste; c'est à peine si on le voit sourire une seule fois; le récit grotesque d'une expédition militaire de quelques bourgeois contre des brigands, peut tout au plus le dérider: «Voici encore une nouvelle victoire de Kohlhase (fameux brigand dont la vie est racontée dans un curieux roman historique); il a pris et enlevé un riche meunier. Sitôt que nous avons su la chose, nous nous sommes courageusement précipités à travers les campagnes, pas trop loin cependant de nos murailles, et comme il convient à des saints Christophes en peinture ou à des saints Georges de bois, nous avons effrayé les nuées de quelques coups de fusil... Nous avons fait transporter dans la ville nos bois, nos arbres, de peur que, la nuit, Kohlhase n'en fasse un pont pour passer nos petits fossés. Nous sommes tous des Hectors et des Achilles, ne craignant personne, bien que nous soyons seuls et sans ennemis.»
[a38] Page 67, ligne 25.—Poison...
En 1541, un bourgeois de Wittemberg, nommé Clémann Schober, suivit Luther l'arquebuse à la main, dans l'intention probable de le tuer. Il fut arrêté et puni. (Ukert I, 323.)
[a39] Page 71, ligne 4.—Famille...
A Marc Cordel. «Comme nous en sommes convenus, mon cher Marc, je t'envoie mon fils Jean, afin que tu l'emploies à exercer des enfans dans la grammaire et la musique, et en même temps, pour que tu surveilles et corriges ses mœurs... Si tes soins prospèrent pour ce fils, tu en auras, de mon vivant, deux autres... Je suis en travail de théologiens, mais je veux enfanter aussi des grammairiens et des musiciens.» (26 août 1542.)
Le docteur Jonas avait dit un jour que la malédiction de Dieu sur les enfans désobéissans, s'était accomplie dans la famille de Luther; le jeune homme dont il parlait était toujours malade et souffrant. Le docteur Luther ajouta «C'est la punition due à sa désobéissance. Il m'a presque tué une fois, et, depuis ce temps, j'ai perdu toutes les forces de mon corps. Grâce à lui, j'ai compris le passage où saint Paul parle des enfans qui tuent leurs parens, non par l'épée, mais par la désobéissance. Ils ne vivent guère, et n'ont pas de bonheur... O mon Dieu! que le monde est impie, et dans quels temps nous vivons! Ce sont les temps dont Jésus-Christ a dit: «Quand le fils de l'homme viendra, croyez-vous qu'il trouvera de la foi et de la charité?» Heureux ceux qui meurent avant de voir des temps pareils.» (Tischreden, p. 48.)
[a40] Page 71, ligne 4.—La femme...