Ce qui avait achevé de les décourager, c'est que, vers dix heures du matin, ils entendirent crier: Marco! Marco! et virent les drapeaux de Venise. C'était Alviano qui avait marché toute la nuit avec sa cavalerie. Son armée le suivait de loin; les Suisses crurent l'avoir sur les bras, et se décidèrent à la retraite. Nos chroniques assurent qu'ils étaient réduits de moitié, ayant laissé quinze mille hommes dans cette terrible bataille. Et cependant les autres s'en allaient vers Milan, si froids, si fiers (à pas comptés), qu'ils ne lâchaient pas même les pièces enlevées aux Français. Faute de chevaux, ils s'efforçaient de les tirer, de les porter à bras. Ils se lassèrent enfin et les jetèrent dans les fossés.

Maximilien Sforza, assiégé quelques jours au château de Milan, et forcé par les mines de Pietro Navarro, se rendit, tout joyeux d'être quitte d'une souveraineté qui n'avait été qu'un esclavage. «Grâce à Dieu! disait-il, me voici affranchi de la brutalité des Suisses, des vols de l'Empereur et des perfidies espagnoles.»

Il n'y eut jamais victoire plus complète. Des deux armées que le roi avait à dos, la papale obtint de traiter, et l'Espagnole sollicita d'être comprise dans l'arrangement, pour retourner à Naples.

Les Suisses, si bien battus des lances et des boulets du roi, le furent encore plus de son argent. Il les gorgea, les renvoya. Corrompus contre eux-mêmes, ils acceptèrent, tête basse, plus d'argent que ne valait toute la Suisse, vendant les bailliages italiens et renonçant à l'Italie.

CHAPITRE XVI
ESPÉRANCES DE L'EUROPE.—FRANÇOIS Ier REPOUSSE L'ITALIE ET L'ALLEMAGNE
1515

La fausse nouvelle de la victoire des Suisses avait ravi Léon X. Le lendemain, l'ambassadeur de Venise vint tout joyeux lui dire la vérité et observer sa mine. La grosse face rouge et rieuse ne rit plus cette fois. Il pâlit, et, sans s'apercevoir qu'il était sous un œil curieux, il joignit les mains, disant: «Que deviendrons-nous?»

Notre victoire le prenait en flagrant délit de duplicité. Il avait promis la neutralité, il avait fait épouser à son frère une tante du roi; et il avait envoyé une armée contre lui.

Nul secours à attendre; l'Europe admirait et tremblait. Il n'y avait alors aucune force militaire au monde, que l'infanterie de Basse-Allemagne, qui combattait pour nous, celle des Suisses par nous battue, et les Espagnols humiliés, à la barbe desquels on avait gagné la bataille.

Le roi pouvait ce qu'il voulait.

Il était salué de tous le triomphant César, vainqueur des Helvétiens.