On sait avec quelle fureur sauvage cette voix fut étouffée par ceux qui voulaient périr. Tous les systèmes, dès lors, d'interprétation hardie, destructives, paraissent au XIIe siècle.
Les Vaudois, dégageant l'Évangile du lieu et du temps, enseignent qu'il se renouvelle tous les jours, que l'incarnation de Dieu en l'homme recommence sans cesse et qu'elle est sa passion. Donc l'Évangile ne date plus de telle année de Tibère; il est de toutes les années et de tous les temps, hors du temps; il est l'Évangile éternel.
Redoutable simplification, qui apparut comme la mort du christianisme. La plupart frémirent et fermèrent les yeux devant cette cuisante lumière. Mais elle brillait inexorable, et du dedans au dehors, du fonds même de leur esprit.
Il y avait en Calabre un simple, le portier d'un couvent, nommé Joachim. Un jour qu'il rêvait au jardin, une figure d'homme merveilleusement belle lui apparaît, un vase en main, le lui met aux lèvres. Joachim, discrètement, boit une goutte: «Eh! pauvre homme, dit l'inconnu, si tu avais bu jusqu'au fond, tu aurais bu tout l'avenir!»
Mais, n'ayant pris qu'une goutte, moins éclairé que tourmenté, épouvanté des abîmes qui s'ouvraient au christianisme, Joachim quitta son pays et chercha au tombeau du Christ l'apaisement de ses tentations.
Au retour, dit son disciple, il s'arrêta en Sicile dans un couvent au pied de l'Etna, et il y fut saisi d'une si étrange pensée, qu'il eut trois jours d'une sorte d'agonie, sans pouls, sans voix et comme mort.
Qu'avait-il rêvé? on n'en sut rien que longtemps après, lorsqu'il se décida à en faire écrire quelque chose: «J'étais à ses pieds, j'écrivis, et deux autres avec moi; il dictait nuit et jour: son visage était pâle comme la feuille sèche des bois.»
Cette unique goutte d'eau, bue dans l'amour et la simplicité à l'urne de l'avenir, c'est une mer, vous allez le voir.
Chose étonnante! le christianisme naissant semblait s'être compris lui-même comme un simple âge du monde, une de ses formes historiques. Tertullien dit au second siècle: «Tout mûrit, et la Justice aussi. En son berceau, elle ne fut que nature et crainte de Dieu. La loi et les prophètes ont été son enfance: l'Évangile, sa jeunesse: le Saint-Esprit lui donnera sa maturité.»
L'homme de l'an 1200 en sait plus. Il sait que le Saint-Esprit, c'est le libre esprit, l'âge de science: