2o L'investiture du royaume de Naples;

3o La reddition du frère du sultan.

Le premier article accordé; les deux autres, le pape comptait les éluder. Au lieu de l'investiture expresse, il donna la rose d'or, signe de distinction que les papes donnaient aux rois défenseurs de l'Église. Pour Gem, il affecta de le consulter, lui demanda devant le roi s'il voulait rester à Rome ou suivre le roi de France. Le prisonnier, homme supérieur par l'intelligence et sentant à merveille le péril de sa situation, refusa d'avoir un avis. «Je ne suis pas traité comme sultan, dit-il; qu'importe à un prisonnier d'aller ou de rester?» Le pape, embarrassé, dit qu'il n'était pas prisonnier, que tous deux ils étaient rois, qu'il n'était que leur interprète. Charles VIII n'insista pas en présence de Gem, mais trois jours après se le fit livrer.

Borgia, malgré la protection de Briçonnet, n'était pas rassuré. Comme il se rendait au banquet royal, on tira le canon pour lui faire honneur. Il crut que c'était un signal pour s'emparer de sa personne, se sauva et ne dîna point.

La familiarité des Français n'était pas rassurante. Aux moindres occasions, ils entraient chez le pape, s'asseyaient pêle-mêle avec les cardinaux. Ils lui avaient pris les clefs de Rome, avaient dressé leurs potences au champ de Flore, et jugeaient au nom du roi.

Leurs respects mêmes épouvantaient. Au baisement des pieds, il y eut une telle presse, une telle furie d'empressement (chez ces gens qui deux jours avant voulaient tirer sur lui), qu'ils faillirent le jeter par terre.

Le roi, qui ne se fiait guère à lui, emmena de Rome, outre le sultan Gem, le fils du pape, César, cardinal de Valence, sous titre de légat, en réalité comme otage.

Fils d'une femme de Servie, Gem avait l'air d'un chevalier chrétien, une très-noble figure, triste et pâle, un nez de faucon, les yeux d'un poète et d'un mystique. Nos gentilshommes lui trouvaient des manières vraiment royales, avec un mélange de fierté et de grâce flatteuse qui n'appartient qu'à l'Orient. Le malheureux n'alla pas loin. Prisonnier depuis treize années, l'air, le jour, le ciel italien, l'affluence aussi de l'armée qui l'admirait et le fêtait, purent lui être fatales.

On a cru généralement qu'Alexandre VI, par vengeance ou pour gagner l'argent de Bajazet, l'avait livré au roi empoisonné. Ce qui est sûr, c'est que le jour où il parut frappé, le fils du pape se sauva déguisé et revint à Rome. Porté jusqu'à Capoue, Gem y était si faible qu'il ne put lire une lettre de sa mère qu'on lui apportait d'Égypte. On le mena jusqu'à Naples, où il expira, dit-on, dans un élan religieux, remerciant Dieu de ne pas permettre que l'ennemi de sa foi se servît de lui pour combattre l'islamisme. Charles VIII, qui le plaignait fort, le fit embaumer, et envoya à sa mère tout ce qui restait de lui.

Le pape avait jeté le masque, et l'Espagne le jeta aussi. L'ambassadeur de Ferdinand le Catholique, qui suivait le roi et qui n'avait rien dit à Rome, imagina, entre Rome et Naples, de faire une grande scène de protestation qui pût relever le courage du parti espagnol de Naples.