Dès ce jour, deux grands courants électriques commencent dans le monde: Renaissance et Réformation.

L'un, par Rabelais, Voltaire, par la révolution du droit, la révolution politique, va s'éloignant du christianisme.

L'autre, par Luther et Calvin, les puritains, les méthodistes, s'efforce de s'en rapprocher.

Mouvements mêlés en apparence, le plus souvent contraires. Le jeu de leur action, leurs alliances et leurs disputes, sont l'intime mystère de l'histoire, dont leur lutte commune contre le Moyen âge occupe le premier plan, le côté extérieur.

Tel est le résultat général. Mais notons aussi le spécial, qui n'en a pas moins une importance profonde.

Une nation, l'organe principal de la Renaissance, se caractérise pour la première fois. Le monde apprend ici, par le bien, par le mal, ce que c'est que la France.

Organe dominant et principal acteur dans le drame humain au XVIe siècle, elle ne se relève qu'en révélant l'homme du temps, de sorte que ce fait spécial redevient général encore. Le Français de Charles VIII et de Louis XII, c'est l'homme vrai de l'Europe d'alors, plus en dehors et mieux connu que celui d'aucune nation.

Et d'abord, le vice français, c'est le vice général du XVIe siècle, celui qui devait éclater après la longue hypocrisie et l'abstinence forcée. C'est le violent élan des jouissances, une aveugle furie d'amour physique qui ne respecte rien, outrage ce qu'il aime et désire. La femme a sa revanche. Par une réaction naturelle, par la douceur et son adresse, elle s'empare de cette force brutale et la gouverne. Ce siècle est le règne des femmes, spécialement en France. Par les Anne et les Marguerite, les Diane, les Catherine de Médicis, les Marie Stuart, elles le troublent, le corrompent et le civilisent.

Non-seulement l'art, la littérature, les modes et toutes les choses de forme changent par elles, mais le fonds de la vie. La constitution physiologique est atteinte dans son essence. La maladie du Moyen âge, la lèpre, fut un mal solitaire, un mal de moine, né de la négligence et de l'abandon du corps. La maladie du XVIe siècle au contraire a sa source dans le mélange confus, violent, impur des sexes et des populations[20]. Elle éclata au moment de la grande migration des juifs et des Maures, au passage des armées de Charles VIII, de Louis XII et de Maximilien, de Gonsalve de Cordoue.

La femme, à ce moment, prend possession de l'homme; elle paraît son jouet, sa captive, et devient sa fatalité.