On a vu avec quelle facilité les Italiennes s'emparèrent de Charles VIII et le firent agir contre sa politique et son intérêt. L'histoire du roi fut celle de l'armée, partout où elle s'arrêta. Nos Français, insolents, violents le premier jour, dès le lendemain changeaient et voulaient plaire. Ils aidaient à raccommoder ce qu'ils avaient cassé la veille. Ils jasaient sans savoir la langue; les enfants s'en emparaient, et la femme finissait par les faire travailler, porter l'eau et fendre le bois.

Il en était tout autrement avec les Allemands, qui séjournaient dix ans sans savoir un mot d'italien, étaient toujours sujets à s'enivrer et à battre leur hôte. Encore moins était-on en sûreté avec l'Espagnol, méprisant, taciturne, horriblement avare, qui, sur la moindre idée de quelque argent caché, liait l'homme avec qui il venait de manger, lui mettait l'épée à la gorge, le torturait à mort.

Le caractère français, aimable et généreux, éclata d'une manière bien frappante dans l'affaire de Pise, et par une résistance singulière, unique, aux ordres du roi.

Cette religion d'idolâtrie et d'obéissance absolue dans le reste, faiblit ici. Les nôtres, qui n'eussent jamais résisté dans une affaire française, résistèrent, par honneur, par pitié, par amour, dans une cause tout italienne.

Reprenons d'un peu haut.

Quand le roi alla de Florence à Rome, son homme, Briçonnet, pour tirer l'argent des Florentins, s'était fait fort de leur faire rendre Pise. Il y alla, mais revint à Florence, jurant qu'il avait fait ce qu'il pouvait, mais que les Pisans ne voulaient pas se rendre, qu'il eût fallu une bataille, et qu'en sa qualité d'homme d'Église il ne pouvait verser le sang.

Cette bataille, il n'eût pu la livrer: la garnison française, en deux mois de séjour, était devenue tout italienne, liée de cœur avec la ville et décidée à ne rien faire contre elle.

Il y avait près du roi deux partis, pour et contre Pise. Son irrésolution était telle, que, de Naples, il donna six cents hommes aux Pisans pour les défendre contre les Florentins.

La difficulté fut plus grande encore au retour. L'armée, passant à Pise, fut enveloppée et gagnée par la garnison française, qui lui communiqua sa vive sympathie pour la ville.

Cette garnison y avait des liens d'amour ou d'amitié; mais l'armée, qui venait de Naples et qui ne connaissait de Pise que son malheur, montra une générosité désintéressée, admirable.