Ce sont là les situations qui grandissent la France. Elle a dans ces moments de foudroyants réveils, où sa vigueur étonne le monde.
Ce fut précisément l'apparition de l'infanterie nationale.
Le brave et patient la Palice, général des revers, qu'une chanson ridicule a immortalisé, organisait péniblement l'armée nouvelle. Il n'avait que seize cents lances, environ six mille cavaliers; la noblesse était déjà moins empressée pour les guerres d'Italie. Il avait cinq mille Allemands, secours très-incertain qu'un ordre de l'Empire pouvait à tout moment rappeler. D'autant moins dut-il dédaigner les piétons qui, jusque-là, jouaient un rôle fort secondaire. Ceux du Midi étaient déjà excellents, puisque le duc de Gueldre et le sanglier des Ardennes, dans leurs fameuses bandes noires, qui tinrent si longtemps en échec et l'Allemagne et les Pays-Bas, mettaient force Gascons. Il n'y avait à dire que la taille. Mais ces petits hommes ardents, ayant une fois la jaquette allemande, entre les inertes colosses allemands, mettaient un feu, un élan, une pointe (disons déjà, un ça ira!) qui entraînait, emportait tout.
La Palice prit cinq mille Gascons. Et, ce qui était plus nouveau, il prit huit mille Français du Nord, nullement formés encore, point disciplinés, des aventuriers, comme on les appelait. Il y avait, dans ces huit mille, quelques Italiens; mais la majorité étaient des Picards, race septentrionale qui a tout le feu du Midi. Comment ramassa-t-il cette infanterie? On l'ignore. On voit seulement que la guerre d'Italie devenait populaire, que tant d'expéditions coup sur coup avaient éveillé les imaginations; tous ceux qui revenaient racontaient des merveilles, rapportaient et montraient des choses précieuses, propres à entraîner les foules vers cette guerre brillante et lucrative.
Pour capitaine général de cette troupe, dont on doutait, on choisit un homme admirable, le plus brave et le plus honnête, vieux, modeste et ferme soldat, qui fut le spécial ami de Bayard. C'est le sire Dumolard qui figure si souvent dans l'histoire du bon chevalier.
Il se trouva, par un très-grand hasard, que cette armée toute neuve eut un général neuf, un Gascon de vingt-trois ans, un prince aventurier qui cherchait sa fortune et visait un royaume. Ce général, Gaston de Foix, quoique fils d'une sœur de Louis XII, attendait tout de sa vaillance; il plaidait au parlement pour la couronne de Navarre, et croyait emporter sa cause par une victoire rapide en Italie.
Les familles du Midi, Foix, Albret et Armagnac, prodigieusement intrigantes et batailleuses, fécondes en crimes, en violences, brillaient par leur emportement. Tantôt en guerre, tantôt en ligue, elles se détruisaient ou détruisaient les autres. L'un des derniers comtes de Foix avait tué son fils. Un autre, par sa valeur aveugle, nous fit perdre la bataille de Verneuil. Cette maison s'usait très-vite, ne se renouvelant que par des branches collatérales plus ou moins éloignées. Des Foix aînés, elle tomba aux Grailly, et de ceux-ci aux Castelbon, origine petite d'où provenait Gaston de Foix.
Ces princes de montagnes passaient toute leur vie à suivre l'ours et le chamois. Chaussés de l'abarca, ou pieds nus sur les rocs glissants, ils disputaient d'audace et de vivacité aux chasseurs béarnais, aux coureurs basques. Gaston trouva tout naturel d'exiger de l'infanterie une rapidité que jusque-là on n'osait demander aux cavaliers. Dans une course de deux mois (qui fut toute sa vie et son immortalité), il révéla la France à elle-même, démontrant, par une incroyable célérité de mouvements, une chose qu'on ignorait, c'est que les Français étaient les premiers marcheurs de l'Europe,—donc, le peuple le plus militaire. Le maréchal de Saxe a très-bien dit: «On ne gagne pas les batailles avec les mains, mais avec les pieds.»
Par un temps effroyable, un ouragan de neige, lorsque personne n'osait regarder dehors, il fait une marche prodigieuse, passe devant les Espagnols qui n'en savent rien, se jette dans Bologne assiégée, y jette des soldats et des vivres.
Là, il apprend que Brescia se refait vénitienne. Avec la même célérité, entraînant l'infanterie au pas des cavaliers, il fait quarante lieues et fond sur Brescia. Pas une heure, pas un moment de halte; l'assaut! Mais qui y montera?