Une question d'amour-propre avait empêché nos gens d'armes d'y monter à Padoue; ils exigeaient que toute la baronnie allemande, les comtes, princes d'Empire, etc., en fissent autant. Les uns comme les autres ne voulaient combattre qu'à cheval. Dans la réalité, leurs pesantes armures faisaient obstacle pour gravir des remparts en talus ou une brèche de décombres. À Brescia, on décida que les aventuriers, légèrement armés, équipés (beaucoup n'ayant ni bas ni chausses), monteraient les premiers et essuieraient le premier feu. Légère était la perte, et moins regrettable sans doute, dans les idées du temps. Cet arrangement plut fort à tout le monde. Le brave Dumolard était prêt à conduire cette pauvre troupe. Bayard seul réclama. Il trouva fort injuste que ses hommes tout nus fussent exposés seuls, et dit qu'il fallait les soutenir d'une centaine d'hommes, fortement armés. «Oui, mais qui les mènera? dit Gaston.—Monseigneur, ce sera moi.»
Tout n'était pas fini. Les hommes d'armes trouvaient le terrain glissant et tombaient. «N'est-ce que cela?» dit Gaston. Il ôta ses souliers, et se mit à monter pieds nus.
Gaston avait menacé la ville et dit qu'on tuerait tout. Effectivement, on égorgea quinze mille personnes. Bayard, blessé, garantit, non sans peine, une dame et deux demoiselles chez lesquelles on l'avait porté.
Savonarole l'avait dit, vingt ans auparavant, prêchant à Brescia: «Vous verrez cette ville inondée de sang.»
Cet affreux événement fut un malheur pour Gaston même.
Ses soldats s'y gorgèrent de butin, et se firent si lourds, qu'il en fut un moment paralysé. Beaucoup se crurent trop riches pour continuer la guerre; ils repassèrent les Alpes.
Cependant la situation ne comportait aucun délai. Louis XII, qui venait encore de payer aux Anglais un terme du subside ordinaire, et se croyait en sûreté, reçoit la foudroyante nouvelle qu'Henri VIII annonce au Parlement une grande expédition.
Ce jeune roi avait trouvé ses coffres pleins par l'avarice de son père. Sanguin et violent, chimérique, il ne rêvait que Crécy et Poitiers, la conquête de son royaume de France.
Pour commencer, il envoyait au midi une armée pour agir avec Ferdinand, et l'on ne doutait pas que lui-même il ne fît au nord une solennelle descente, comme celle du vainqueur d'Azincourt.
Louis XII écrivit à Gaston qu'il ne s'agissait plus de l'Italie seulement, mais de la France; qu'il lui fallait une bataille, une grande bataille et heureuse, ou qu'il était perdu.