Aux paysans, il dit: «Soyez chrétiens, et restez serfs des princes». Aux princes, il dit: «Soyez chrétiens, et servez l'Empereur contre les infidèles.» Voilà tout le remède que nous offre le christianisme.
Des deux questions brouillées dans ce vertige, l'une, celle du peuple, restera incomprise, enfouie et scellée sous la terre.
L'autre, celle du Turc, n'est entrevue qu'en Italie.
Venise, dès l'autre siècle, trahie du pape, des rois, de tous ses alliés chrétiens, va voir le monstre, et voit que c'est un homme. Les relations s'établissent. Ce que Gênes fut sous les Grecs, Venise l'est sous les sultans. Elle commerce partout chez eux en payant de très-légers droits. Elle a ses consuls, sa justice. Mahomet II lui demande son peintre Bellini. Quand Michel-Ange dessine pour Venise le pont du Rialto, Soliman veut en faire un semblable à Péra. Il offre un libre asile au fier génie qui fuyait Rome et la tyrannie de Jules II.
Venise et son illustre doge, André Gritti, voient seuls, après Pavie, la vraie question.
L'ennemi de la chrétienté, c'est l'Empereur, le chef nominal de la république chrétienne.
Sans ses embarras pécuniaires, son monstrueux empire engloutirait l'Europe. Mais voici que Cortès revient précisément en 1525 mettre à ses pieds l'or du Mexique. Chaque année désormais, le revenu des mines, sans contrôle ni discussion d'États ni de Cortès, l'aidera de plus en plus.
Il est l'autorité comme Empereur. Bien plus, il a en main un instrument de force incalculable, la révolution espagnole, cette compression terrible d'inquisition monacale et royale, contre laquelle l'Espagne n'a d'autre échappatoire que la conquête universelle.
L'Espagne, entrée dans la torture, à chaque tour de vis, s'échappe plus furieusement au dehors.
La France, si peu vivante moralement et qui n'a pas les Indes, ne pourrait tenir contre.