Pas un mot pour Renée, fille de Louis XII, qui venait d'épouser le duc de Ferrare, et qui dut implorer la clémence de Charles-Quint.
Pas un mot pour sa propre sœur, ni pour la question de Navarre, si grave pour la France.
Mais il y avait une chose plus sacrée que la famille. C'étaient les vaillants hommes qui, de père en fils, se faisaient tuer pour nous, le vieux Robert La Mark, son fils Fleuranges. Ruinés par l'Empereur, ils restaient ruinés. Le roi s'engagea à ne rien faire pour eux.
Un homme, un petit prince, sans consulter ses forces, avait le premier, en 1525, avant les rois et les sultans, tiré l'épée pour le prisonnier de Pavie. Le duc de Gueldre, avec ses lansquenets, entra aux Pays-Bas, effraya Marguerite, qui négocia en hâte, comme on a vu. Service immense. Dette d'honneur, s'il en fut, qu'on devait d'autant plus acquitter, que ce grand recruteur du Nord était au fond le chef de tous les gens de guerre de la Basse-Allemagne, qui nous donnaient la grosse infanterie. Ennemi de la maison d'Autriche depuis un demi-siècle, allié de la France, il lui fallut, à ce vieux Annibal, plier sous les destin, se faire vassal de l'Empereur.
Comment, dans un seul crime, tant de crimes à la fois? et comment la mère ne sentait-elle pas qu'elle perdait le fils? qu'en le rendant ainsi méprisable, exécrable, elle l'isolait pour toujours, que Cambrai le faisait plus faible que Pavie?
Cette fois encore, Charles-Quint triomphait d'une femme par les terreurs de la prison. Ses petits-fils y étaient malades, l'aîné surtout, qui en resta faible, et qui mourut à dix-huit ans. Lannoy lui-même avait dit au roi inquiet «que l'air de l'Espagne ne valait rien à M. le Dauphin, et qu'il ferait bien de traiter.»
L'acte sauvage d'envoyer aux galères les serviteurs de ces enfants et de les vendre en Barbarie donnait sans doute une idée bien sinistre de ce qu'on avait à attendre. La famille faiblit.
Marguerite d'Autriche, qui voyait Louise mollir, l'amusa de paroles, lui dit que l'affaire de Milan n'était pas pour brouiller de bons parents; qu'il était bien aisé de l'arranger en famille; qu'on en ferait la dot d'une Autrichienne qu'épouserait le petit duc d'Orléans, ou la dot de la femme du roi, ou celle enfin d'une fille du roi qui épouserait l'infant (Philippe II). Beau mariage qu'Anne de Bretagne avait tant désiré.
Sur l'entrefaite, arriva, le 23 juillet, la nouvelle que le pape avait pris les devants, traité avec l'Empereur. Petit, minime événement, devant l'invasion des deux cent mille Turcs en Autriche! N'importe, cela vint à point pour aider la bassesse, pour lui fournir ce mot: «Les Italiens nous ont trahis.»
On signa le 7 août. Mais, bien avant la signature, Marguerite avait envoyé le traité à Anvers et autres villes pour l'imprimer, en divulguer toutes les clauses publiques ou secrètes, pour que l'Italie, l'Allemagne, l'Angleterre et le monde sussent que la France avait trahi tous ses amis, les avait compromis, exploités et livrés.