Dans ce mois d'août 1539, un coup heureux délivra Charles-Quint des vieilles bandes espagnoles qu'il ne pouvait ni payer, ni contenir. Mis dans la petite ville ouverte de Castel-Novo, quatre mille de ces soldats furent surpris par Barberousse. Six mille, qui étaient à Tunis, furent habilement tirés du fort, embarqués pour la Sicile, et là, à force de serments, le vice-roi les endormit, les dispersa, les égorgea.

Belle délivrance pour l'Empereur; mais bonne leçon pour l'Espagne, si mal récompensée! Les levées y furent quelque temps extrêmement difficiles. On aimait mieux la mer, les Indes, que le service. À la guerre qui suivit, l'Empereur ne demandait que six mille Espagnols, et il ne put en avoir que trois mille (Navagero). Il se trouva très-faible. Les Turcs prirent toute la Hongrie, et ils auraient pris les Deux-Siciles, pour peu que la France eût aidé.

Si quelque chose dut le rendre dévot, ce fut certainement ce miracle qu'à ce moment de ses plus extrêmes nécessités, un tel secours lui fût tombé du ciel, celui de son ennemi. Désarmé et sanglant de cette Saint-Barthélemy de ses propres soldats, il se vit gardé par la France. Montmorency le pria de se fier à nous, de venir, de montrer que la France ne faisait qu'un avec l'Espagne et qu'on aurait affaire à elle si on touchait à l'Empereur.

Charles-Quint, qui avait fait son testament avant l'expédition de Tunis, le refit avant le voyage de France (5 novembre 1539, Granvelle, II, 545, 554). Il y donne Milan au second fils du roi qui épousera une fille de Ferdinand, pourvu que Ferdinand y consente. Ce petit mot réservait tout.

Entré en France vers le 20 novembre, il vit longuement Montmorency et les fils du roi, avant le roi, et entra à Paris le 1er janvier 1540. Le connétable tout-puissant avait exigé des villes les fêtes les plus retentissantes, et il fit avertir toutes les cours de l'Europe de cette union intime, définitive, du roi et de l'Empereur. Charles-Quint vit très-bien le besoin que la coterie régnante avait de lui. Il prit ses avantages, attisant d'une part la rivalité des deux frères, d'autre part ébranlant la fidélité du roi de Navarre, lui faisant espérer que l'infant épouserait sa fille, qui deviendrait la reine de l'Espagne et des Indes.

La duchesse d'Étampes et son protégé, le second fils du roi, auraient été d'avis de retenir l'Empereur jusqu'à ce qu'on eût Milan. C'est d'eux que vint sans doute le mot hardi de Triboulet au roi, écrivant sur la liste des fous célèbres l'Empereur, mais disant: «S'il échappe, j'y mettrai Votre Majesté.»

On prétend que le jeune Orléans eut l'idée, avec ses amis, d'enlever Charles-Quint. Cette cour de jeunes gens était fort hasardeuse; elle se piquait de folie, de duels, de sauts périlleux, de courir de toits en toits. L'un d'eux offrait à la duchesse d'Étampes de changer la situation et de rompre la fascination qui retenait le Dauphin, par un moyen très-simple, en coupant le nez à Diane.

L'Empereur n'était pas rassuré. Plus d'un malheur arriva sur sa route. À Bordeaux, il faillit être asphyxié; à Amboise, incendié. Ailleurs, une bûche lui tomba sur la tête. Le roi était furieux des mésaventures de son hôte, et voulait faire pendre tout le monde.

L'Empereur crut utile de désarmer à tout prix sa belle ennemie, la duchesse d'Étampes, en faisant briller à ses yeux une offre inattendue, celle de relever la maison de Bourgogne; il eût donné au duc d'Orléans bien autre chose que Milan, toutes les provinces des Pays-Bas. Il est vrai qu'Orléans, du vivant de Charles-Quint, n'en eût pas été souverain, mais seulement gouverneur.

La pauvre Gand fut brisée de la réception de Charles-Quint et de son union avec le roi. Chaque fête qu'on lui donna fut comme une bataille perdue par la Flandre. Il ne trouva nulle résistance, brida la ville avec un fort et fit mourir qui il voulait.