[2]: La source principale où j'ai puisé constamment est la belle édition de M. Münch (Berlin, 1821), en cinq volumes, riches de renseignements, d'éclaircissements historiques et biographiques, qui éclairent singulièrement cette époque. M. Zeller a donné une courte, mais excellente biographie d'Hutten (Rennes, 1849). On croit trop généralement qu'Hutten ne fut que le pamphlétaire des disputes éphémères du temps. On voit en le relisant qu'il vit toujours, qu'il est plein d'à-propos comme athlète permanent de la Révolution. Tel cri, sorti d'un cœur si chaleureux, vibrera à jamais: celui-ci, par exemple, dans sa lettre à l'électeur de Saxe: «Qui veut mourir avec Hutten pour la liberté de l'Allemagne?» La parfaite douceur de ce grand homme paraît à plus d'un trait. Il voit pour résultat de la Révolution «l'union de tous les peuples, la paix, la fraternité universelles; plus de haine, même pour les Turcs.» Hutteni Opera, III, 603.

[3]: Ces quarante pages, entièrement neuves, sont sorties des documents publiés par M. Le Glay, Négociations entre la France et l'Autriche, tome II. On y suit parfaitement le fil de l'intrigue financière. M. Mignet, dans l'excellent morceau qu'il a publié sur l'élection de Charles-Quint, met dans une fort belle lumière le côté politique, en laissant sur le second plan l'action de la banque et de l'argent, que j'ai mise en première ligne.

[4]: La difficulté que les ambassadeurs avaient à le joindre est frappante dans les Négociations (édit. Leglay), et le gaspillage infini d'une telle vie est sensible dans les Comptes de la bouche que possèdent les archives. Ils donnent plus d'un curieux détail: «Tant pour le sucre de bouche à l'apoticaire du roy.» etc.

[5]: Une perte non moins regrettable que celle des hommes est celle de la civilisation et des arts de ces peuples, bien plus avancés qu'on n'a dit. Les Mexicains étaient arrivés à connaître, à peu de chose près, la grandeur de l'année. M. de Humboldt (Nouvelle Espagne, I, 370) explique, avec une grande modération qui frappe d'autant plus, cette horrible destruction, cette chute à la barbarie. Le peuple, sous les missionnaires, retomba partout à l'ignorance, dans une espèce d'enfance et d'imbécillité que n'ont nullement les Américains restés indépendants et, comme on dit, sauvages, hors de l'abrutissement des missions.

[6]: L'unité de cette histoire, la nécessité d'en suivre le fil central entre la France, l'Italie et l'Allemagne, m'impose un cruel sacrifice: c'est de ne rien dire ici du héros de l'Europe, qui finit, s'éclipse du moins au XVIe siècle. Je parle du peuple hongrois. Mourrai-je donc en ajournant toujours ce que lui doit l'histoire?... Notre Degérando est mort! irréparable perte!... Le savant Téléki vient de mourir. La grande histoire de Fesler attend encore un traducteur. Et cependant d'infâmes et menteuses compilations paraissent, fleurissent de toutes parts.—Les Hongrois ne daignent répondre. S'ils parlent, c'est pour le monde (Atlas anglais).—Je vois avec bonheur un Français plein de cœur et de talent, M. Chassin, entrer avec éclat dans ces études (Huniade). Puisse-t-il payer la dette de nos cœurs à ce peuple entre tous héroïque, qui, de ses actes, de ses souffrances, de sa grande voix forte, nous relève et nous fait plus grands! On lui accorde volontiers la vaillance; mais cette vaillance n'est que la manifestation d'un haut état moral. Dans tout ce qu'ils font ou qu'ils disent, j'entends toujours: Sursum corda.

Tout ce qui nous est revenu de leurs paroles en 1848 est purement et simplement sublime. Un paysan vient s'engager: «Jusqu'à quand?—Jusqu'à la victoire.»—Un enfant se présente aussi pour être soldat: «Mais tu es trop petit...—Je grandirai devant l'ennemi.» Ce qui étonne le plus de ce peuple, c'est son silence. Il laisse les journaux ignorants dire, répéter que la révolution hongroise fut aristocratique.—Chose pourtant vraie en un sens. La nation entière est une aristocratie de vaillance et de dignité. Il y a là cinq millions de chevaliers. Et pas un paysan ne s'estime moins que le premier palatin du royaume. On le voit dans les chants innombrables, guerriers ou satiriques, que 1848 a inspirés, surtout dans l'œuvre de leur premier poète, Petœfi, le boucher de Pest.

[7]: Le plus simple des hommes qui lirait seulement les chroniques d'avant le XVIe siècle, puis celles du XVIe, serait parfaitement éclairé sur la question. Il verrait les premières toutes muettes et sombres de silence, les autres, au contraire, resplendissantes de lumière et de chants. Le chant devient alors universel et populaire. Tous les événements tristes ou gais, les combats, les supplices mêmes, se passent au milieu des cantiques. «Là, tel fut mis à mort pour avoir chanté des psaumes sur un rocher.» Ailleurs: «Il chanta dans les flammes, et la foule étouffait sa voix par des hymnes à la Vierge, Ave, maris Stella, etc.» Voilà les passages que vous trouvez continuellement dans les chroniques et catholiques et protestantes. On en ferait un énorme volume.

Nul doute que le Moyen âge n'ait eu aussi des mélodies. À côté des beaux chants de la messe qui nous viennent d'Orient, l'antique chanson gauloise trouva toujours des accents vifs, agrestes, chœurs de moissons ou de vendanges, plus rhythmiques que ceux des offices.

L'Église, de bonne heure, dans sa haines des formes mondaines, négligea, dédaigna la mesure, en même temps qu'elle favorisait la sculpture raide et longue qui fait de l'homme une momie, supprime les articulations et ce qu'on peut appeler les rhythmes du corps. La nature a mis le rhythme partout. L'Église le supprima partout, en haine de la nature.

Mais, aux moments émus, la nature revient invincible; le rhythme reparaît, du moins au battement du cœur trop oppressé, ou par l'intervalle des soupirs. Dans la tremblotante complainte du pauvre Godeschalc, persécuté déjà au IXe siècle dans ce doux chant coupé de larmes, n'y a-t-il pas un rhythme de douleur? Et il y en a un certainement de fureur et d'effroi dans le chant des persécuteurs, l'hymne dominicain compilé de vingt autres, le véhément Dies iræ. (Coussemaker, 94, 115.)