Le danger était si prochain, et le roi de France tellement désigné comme chef militaire de l'Europe, qu'un de ses envoyés soutenait qu'il n'y avait pas d'argent à donner, que l'Allemagne le prierait de se laisser faire Empereur. François Ier disait qu'il ne voulait de l'Empire que pour cette guerre. L'ambassadeur anglais, Thomas Boleyn, lui demandant s'il irait en personne, il lui saisit la main, et posant l'autre sur son cœur: «Si l'on m'élit, je serai dans trois ans à Constantinople, ou je serai mort.»

Maximilien ne l'était pas encore. Que faisait-il? Était-il occupé de fixer l'Empire dans sa famille? Point du tout. Il l'offrait au plus riche, à Henri VIII. Celui-ci, comprenant que le vieil Empereur ne voulait rien que l'exploiter, le remercia tendrement, lui souhaita longue vie.

C'est alors seulement que le grand-père commença à se souvenir qu'il avait un petit-fils qu'il chérissait, et retomba sur Charles-Quint. Les gouverneurs flamands de Charles, qui ne furent pas plus dupes, auraient voulu payer les électeurs en promesses et en bénéfices. Max dit qu'il fallait de l'argent compté, sonnant, dans la main des Fugger, retenant seulement pour lui cinquante mille florins de courtage.

CHAPITRE IV

—SUITE—
LA BANQUE—LES INDULGENCES DE L'ÉLECTION
1516-1519

Si Plutus est aveugle, comme on a dit, il dut le regretter. Le temps dont nous contons l'histoire eût pu satisfaire ses regards. L'immense extension des activités en tous sens semblait n'avoir eu lieu que pour propager son empire. Pour lui, la terre avait été doublée; pour lui, par lui, les trois grandes choses modernes apparaissaient: bureaucratie, diplomatie et banque,—l'usurier, le commis, l'espion.

Soyons francs, soyons justes. Et que les anciens dieux descendent de l'autel. Assez de vains mystères. Plus modestes et plus vrais les dieux grecs, dans Aristophane. D'eux-mêmes ils intronisent leur successeur, le bon Plutus. Ils avouent franchement que sans lui ils mourraient de faim. Mercure quitte son métier de dieu qui ne va plus; pour Olympe, il prend la cuisine, lave les tripes et dit en sage: «Où l'on est bien, c'est la patrie.»

Cela est franc et net. Mais combien détestable l'hypocrisie moderne! cet effort d'accorder l'ancien et le nouveau, de coudre et saveter la rapacité financière de férocité fanatique!

C'est pour Dieu, pour sa gloire, qu'en douze ans on fit place nette à Saint-Domingue, mettant au ciel un million d'âmes. Pour Dieu, on chercha en Afrique des noirs païens qui, de terre idolâtre, heureusement sauvés en terre chrétienne, allèrent non moins rapidement en paradis. Même opération sur le continent où, les âmes rouges montant là-haut trop vite, on suppléa infatigablement par les âmes noires.

C'est justement en 1517 qu'éclate la dispute des dominicains et des franciscains, de Las Casas et de Sépulvéda, le jour horrible qui révèle la fosse où, pour l'amour de l'or, on a jeté deux mondes, le nègre par-dessus l'indien.