Elle était très-peu faite pour les travaux de la maternité. Elle n'eut pas d'enfant du duc d'Alençon. Et de Jean d'Albret, son second mari, elle en eut, mais péniblement, fort malade dans ses grossesses, toussant beaucoup, affaiblie des jambes et des yeux, si bien qu'en 1530, à trente-huit ans, étant enceinte, il lui faut se reposer, se préparer pour écrire une lettre. Ses enfants moururent ou restèrent très-faibles; spécialement Jeanne d'Albret, qui n'avait pas même remué dans le sein de sa mère, et, encore jeune, eut plusieurs maladies qu'on croyait mortelles.

Il ne faut pas s'étonner si, dans la médaille, l'admirable artiste nous donne déjà Marguerite, comme elle se donne dans ses lettres, un peu vieille à trente-sept ans. Le nez charmant, fin, mais aigu, est bien de cet esprit abstrait que Rabelais évoquait du ciel pour le faire descendre dans son livre.

Cette médaille fait penser à un portrait de Fénelon, comme elle, délicat, nerveux, maladif, où la pâle figure conserve un léger mouvement oblique, allure gracieusement serpentine, comme d'un homme infiniment fin, qui ondule et glisse entre deux idées.

J'aime mieux la reine de Navarre. Elle tient de ce mouvement, mais elle a le sourire plein d'esprit, de malice, de bonté.

Cette personne infiniment pure eut toute sa vie remplie par un sentiment unique, qu'on ne sait comment nommer: amour? amitié? fraternité? maternité? Il y a de tout cela, sans doute, et pas un de ces noms ne convient.

Le second volume des lettres, adressé tout entier au roi, étonne et confond, non pas par la véhémence, mais par l'invariable permanence d'un sentiment toujours le même, qui n'a ni phases ni crises de diminution ou d'aggravation, ni haut, ni bas. Jamais l'arc ne fut si constamment tendu.

Tous les amours du monde doivent s'humilier ici. Ils n'ont rien à mettre en face. Plus ils tendent, plus la corde rompt. La seule chose qui rappelle ces lettres, c'est l'immense et charmant recueil des lettres de madame de Sévigné. Celles de Marguerite en ont parfois l'agrément (par exemple quand elle écrit au roi captif ce que font ses enfants), et elles en ont surtout la passion, l'émotion intarissable. La ressemblance y est aussi par la légèreté sèche, distraite, de l'objet aimé. François Ier est comme madame de Grignan. Il aime, est touché par moment. Le plus souvent, il a peu à répondre. Cette fixité terrible, pendant cinquante année, qui y tiendrait? Parfois il perd patience, il est dur et tyrannique. Cette âme si dépendante, c'est sa chose visiblement pour user et abuser; il a eu, en naissant, cet être, pour l'adorer quoi qu'il fasse. Il trouvera naturel de lui demander, au besoin, sa vie, son cœur et son sang, sans que jamais il lui vienne en pensée qu'il demande trop.

Plus âgée de deux années, et de dix au moins par l'esprit, pleine d'imagination dès la naissance, elle a vu un matin tomber du ciel dans ce berceau, qui va être un trône, la créature aimée d'avance, ce rêve d'une mère violente et si violemment désireuse. Le voilà qui rayonne, dans ses langes, de beauté, de royauté future, soleil naissant de sa sœur, de sa mère. Cet emblème de Louis XIV est déjà celui par lequel Marguerite désigne son frère, se désignant elle-même par le tournesol, qui n'incline que vers le soleil, avec la devise décourageante pour tous: «Non inferiora secutus (Il ne suivra pas d'astres inférieurs).»

Alençon et Jean d'Albret, Bourbon, Bonnivet, Marot, toute la foule des admirateurs, courtisans et serviteurs, est ainsi mise de niveau.

Elle ne se rappelle même guère qu'elle a un mari. Elle écrit invariablement au roi: «Qu'elle n'a personne que lui, qu'il est son père et son fils, son frère, son ami, son époux.»