CHAPITRE IX
LE CONNÉTABLE DE BOURBON[15]
1521-1524
On a vu dans quel état de dénûment la guerre avait surpris le prodigue et imprévoyant François Ier, sans argent et sans armée, pour tout trésor ayant la promesse d'un emprunt, une parole des banquiers florentins, qui promirent au roi et prêtèrent à l'Empereur.
Aux Conférences de Calais, Gattinara, jetant les masques, traita les gens du roi de France comme ceux d'un homme perdu.
Les Italiens en jugèrent ainsi, et Léon X, qui avait appelé les Français, traita avec les Espagnols. Le 1er juillet, en consistoire, il nomma général des armées de l'Église le jeune marquis de Mantoue, Frédéric II, qui, ayant épousé l'héritière de Montferrat, attendait de l'Empereur cet important fief d'Empire. Les Gonzague, longtemps incertains, furent dès lors fixés sans retour.
Leur cousin, Bourbon (Montpensier-Gonzague), le connétable de Bourbon, parent aussi des Croy, entre en rapport avec ceux-ci en novembre ou décembre de la même année. Ayant emporté d'assaut la ville d'Hesdin, il y avait trouvé la comtesse de Rœulx, dame de Croy, sa cousine. Soit qu'elle ait ébranlé déjà sa fidélité, soit qu'il ait jugé de lui-même qu'il fallait ménager l'Empereur que les Croy gouvernaient, il ne retint point cette prisonnière importante, et lui fit la galanterie de la renvoyer sans rançon.
Ce mystérieux personnage qui avait tant de parents parmi les ennemis de la France, fut jugé, comme on a vu, très-dangereux par Henri VIII. Louis XII l'avait cru tel, et pourtant avait fait sa fortune. François Ier, qui y mit le comble, ne s'en défiait pas moins. Examinons ses origines.
Fils d'une Italienne, d'un Gonzague, il était, de sa mère, tout Gonzague, fort peu Montpensier.
Les Montpensier sortaient du troisième fils d'un Bourbon; les Bourbons comme on sait, descendent d'un sixième fils de saint Louis. Cette branche, peu riche, était vouée à la guerre; ils servaient de généraux. Le père du connétable mourut vice-roi de Naples.
Autre n'était la position des Gonzague, marquis de Mantoue. N'ayant qu'une place, mais forte, qui est la première de l'Italie, ils gagnaient en se louant comme généraux, aux papes, à Venise, au roi de France. Princes et condottieri (comme les duc d'Urbin et de Ferrare), ils faisaient, ils vendaient des soldats, les disciplinant, puis les cédant pour quelque argent. Si petits, ils n'en avaient pas moins une ambition immense, des vues lointaines et ténébreuses. Ils avaient alliance avec le sultan, alliance en Allemagne, dans les pays riches en soldats, où l'homme est à bon marché. Ils avaient marié de leurs filles aux princes soldats de Wurtemberg et de Brandebourg, une en France à ces Montpensier. Plus tard, un Gonzague, devenu, par mariage, duc de Nevers, figura dans nos guerres civiles.