Guise n'en pleura pas, ni de la prise du connétable. En place, il avait pris Condé. Il le caressa fort, jusqu'à le faire coucher avec lui. Excellent moyen de le perdre, d'exciter la défiance contre lui, de faire dire, comme disaient déjà les Allemands: «Ces girouettes françaises, pour qui on se tue aujourd'hui, sont prêtes à s'embrasser demain.»
Voilà Guise non-seulement vainqueur, mais seul. Plus de princes. Plus de Navarre, plus de Condé, plus de connétable. Ce simple capitaine, qui n'avait voulu à la bataille que mener sa compagnie, se trouve lieutenant général du royaume.
La nuit, qui avait séparé les combattants, permit à Coligny de reformer ses reîtres à deux pas. Il lui en restait quelques mille. Il leur dit froidement qu'il n'y avait rien de fait, qu'il fallait recommencer, fondre sur ces gens qui mangeaient. Les Allemands lui montrèrent leurs armes brisées, eux-mêmes en pièces. Il était resté huit mille hommes sur le carreau. Seulement on sut dès ce jour qu'on ne vainquait jamais Coligny.
La difficulté était pour lui de garder ces Allemands, qui, n'étant pas payés et n'ayant reçu que des coups, trouvaient le métier dur, regardaient du côté du Rhin. Le ferme capitaine leur dit qu'ils avaient raison de vouloir de l'argent, mais qu'il fallait l'aller chercher au Havre et prendre la Normandie sur le chemin.
La difficulté était d'empêcher ces soldats nomades, qui traînaient tout avec eux, d'emmener la masse encombrante de leurs chariots où ils serraient leur petite fortune, leurs pillages d'anciennes campagnes. Ils y tenaient plus qu'à la vie. Coligny mit ces chariots dans le chœur même de Sainte-Croix d'Orléans. À ce prix, il les emmena, laissant pour défendre la ville contre Guise, qui arrivait, Dandelot malade et des fuyards allemands.
Il part en plein janvier. Terrible hiver. L'épidémie, se joignant aux misères de la guerre, avait enlevé dix mille hommes dans Orléans. Quatre-vingt mille, dit-on, étaient morts à l'Hôtel-Dieu de Paris. Nombre d'hommes, de femmes, d'enfants, chassés, n'osaient rentrer, couraient les bois. Pour obtenir l'argent des Anglais, il avait fallu leur offrir le Havre, et cet argent n'arrivait pas. Les reîtres murmuraient. Coligny leur montrait la mer et les tempêtes. Mais plus d'un commençait à se payer par le pillage. Dans cette extrémité terrible, plus grand encore qu'au fort de la bataille, apparut l'amiral. Le premier qui pilla, il le fit serrer haut et court, lui faisant pendre aux pieds, pour l'embellissement du trophée, tout ce qu'il avait volé aux paysans, robes de femmes, volailles, etc.
À la prise du château de Caen, un soldat mit la main sur un de ceux qui sortaient après la capitulation, lui fouilla dans la poche. L'amiral l'envoie au gibet. Il était sur l'échelle, quand les Anglais, qui venaient d'arriver, intercédèrent pour lui.
Cette discipline vigoureuse porta ses fruits, les succès furent rapides; mais très-probablement les Allemands peu encouragés à venir chercher en France un service si dur.
Il en était de même dans Orléans. Le parti protestant s'exterminait par la vertu. Deux notables furent surpris en adultère. Les ministres leur firent leur procès, et les firent pendre. Il aurait fallu pendre la noblesse et la bourgeoisie. Les mœurs de la vieille France étaient positivement au-dessous de la Réforme. Celle-ci se faisait le désert.
Désertion, découragement, épidémie. Il n'y avait presque plus personne dans Orléans. Dandelot, avec la fièvre, courait partout et faisait tout. Chaque matin, les ministres, à six heures, rassemblant soldats, habitants, chantaient leurs psaumes, et s'en allaient en tête, travailler aux fortifications. Cela ne pouvait durer guère. Guise était furieux de n'avoir pas encore sa proie; «j'en mords mes doigts,» dit-il dans une lettre. Il avait écrit à la reine qu'elle trouvât bon qu'il n'y eût plus d'Orléans, qu'il allait la raser, et qu'il tuerait tout, jusqu'aux chats.