Le procès-verbal avoue qu'il dit deux fières paroles: «Avec tout cela, il est bien mort, et ne ressuscitera pas.» Et encore: «La persécution des fidèles...» La populace hurla, l'arrêta un moment, mais il reprit: «Si la persécution ne cesse, il y aura vengeance sur cette ville, et déjà les vengeurs y sont.»

Quand il fut lié au poteau, le bourreau avec ses tenailles lui arracha la chair de chaque cuisse, et ensuite décharna ses bras.

Les quatre membres, ou les quatre os, devaient être tirés à quatre chevaux. Quatre hommes qui montaient ces chevaux les piquèrent et tendirent horriblement les cordes qui emportaient ces pauvres membres. Mais les muscles tenaient. Il fallut que le bourreau se fît apporter un gros hachoir, et à grands coups détaillât la viande d'en haut et d'en bas. Les chevaux alors en vinrent à bout; les muscles crièrent, craquèrent, rompirent d'un violent coup de fouet. Le tronc vivant tomba à terre. Mais, comme il n'y a rien qui ne doive finir à la longue, il fallut bien alors que le bourreau coupât la tête.

Un juge et les greffiers, pendant toute la cérémonie, étaient là écrivant les cris de cette tête, dans les entr'actes, ses prétendues dépositions, dont on fit le prétexte de la Saint-Barthélemy.

CHAPITRE XVII
LA PAIX, ET POINT DE PAIX
1563-1564

«On pourra mieux châtier ces gens-là, quand ils seront dispersés et désarmés.» Conseil du nonce au pape.

Et, peu après, le duc d'Albe à Philippe II, parlant des grands des Pays-Bas: «Dissimuler, puis leur couper la tête.» (Gr., VII, 233.)

Ces deux mots contiennent les dix ans d'histoire qu'on va lire.

On a douté, tant qu'on ne connaissait ce plan que par les Italiens Adriani, Davila, Capilupi et autres panégyristes de Catherine. Comment douter maintenant devant les lettres originales?

Reste à savoir comment le parti catholique tint si ferme la reine mère jusque-là très-flottante, et la fit marcher droit. Le duc d'Albe nous le dit encore (Ibidem, 280): «Votre ambassadeur doit faire entendre à la reine qu'à l'âge où arrive le roi Charles, V. M. peut lui faire connaître l'état réel de ses affaires.» C'était toute la peur de Catherine qu'on ne mît son fils contre elle; le petit roi, né violent, défiant, faisait peur à sa mère; la nature féline et la griffe pouvaient s'éveiller un matin. Le chat pouvait devenir tigre. Cette peur alla au point qu'on va la voir bientôt chercher dans un plus jeune une arme contre Charles IX, préparer un roi de rechange.