Les impatients, Montluc, par exemple, voulaient qu'on en finît. D'une part, ils s'entendaient avec l'Espagne pour enlever Jeanne d'Albret et livrer le Béarn. D'autre part, Montluc envoyait à la reine un homme d'exécution, le Gascon Charry devait prendre le commandement de la seconde garde que le parti donnait au roi, encourager Paris à un grand coup de main. Les deux frères, Coligny et Dandelot, étaient à la cour, et peu accompagnés. Mais Charry était incapable de bien mener la chose. Il se mit follement à insulter Dandelot. Non-seulement il dit qu'il se moquait de son titre de colonel général de l'infanterie, mais il lui marcha presque sur les pieds dans l'escalier du Louvre.

Les deux frères avaient avec eux, entre autres hommes violents, un fameux chef de bande, le Provençal Mouvans, celui qui avec quarante hommes avait combattu des armées. Mouvans n'endura pas la chose. Il frappa un coup imprévu, qui stupéfia la grande ville. Avec un Poitevin dont Charry avait tué le frère, Mouvans va s'établir à attendre Charry chez un armurier du pont Saint-Michel. Le Gascon montant fièrement le pont avec les siens, ils lui barrent le passage. «Souviens-toi,» dit le Poitevin; et il lui passe l'épée au travers du corps. Charry dégaîna-t-il? on ne le sait, mais il fut tué, et un autre. Mouvans alors et son Poitevin s'en allèrent lentement devant la foule par le long quai des Augustins, et personne n'osa les poursuivre.

L'amiral et son frère étaient près de la reine quand on lui dit la chose. Leur gravité n'en fut pas dérangée. Dandelot dit ne rien savoir et ne fit nulle attention aux criailleries de la garde, «en ayant vu bien d'autres.»

Le catholique Brantôme admire le coup et dit «que l'affaire fut très-bien menée.» Paris ne bougea pas. L'audace intimida la force. La reine mère seule en fit grand bruit, et elle en prit prétexte pour expliquer son brusque changement et sa haine nouvelle du protestantisme.

Les protestants, assassinés partout, ayant partout contre eux et l'autorité et les foules, recouraient à l'audace, à l'épée, à des coups violents qui envenimaient encore les haines.

Celle des Guises fut fort irritée par une romanesque aventure du frère de Coligny. Une grande dame de Lorraine, née princesse de Salm et veuve du seigneur d'Assenleville, jura qu'elle n'aurait d'époux que Dandelot. Tous les siens, fervents catholiques, s'y opposèrent en vain. En vain on lui montra que, ses terres étant sous les murs de Nancy, c'est-à-dire dans les mains du duc de Lorraine et des Guises, elle ne pouvait même faire la noce qu'au hasard d'une bataille. Rien ne la détourna.

Dandelot, sommé de venir pour cette agréable aventure en pays ennemi, prit avec lui cent hommes déterminés, et quoiqu'il sût que tous les Guises fussent justement alors chez le duc, il arrive à Nancy. On lui refuse l'entrée par trois fois. Il ne s'arrête pas moins dans le faubourg, y rafraîchit ses cavaliers. Puis, en plein jour et à grand bruit, la cavalcade s'en va au château de la dame. Au pont-levis, tous tirent leurs arquebuses. De quoi tremblèrent les vitres des Guises, qui étaient en face, à peine séparés par une rivière. Et leurs cœurs en frémirent. Le cardinal gémit. Le petit Guise (il avait quatorze ans) dit: «Si j'avais une arquebuse, pour tirer ces vilains!...»

Cependant trois jours et trois nuits on fit la fête, bruyante et gaie, plus que le temps ne le voulait, pour faire rage aux voisins. Puis madame Dandelot, montant en croupe derrière son héros, et disant adieu à ses biens, le suivit, fière et pauvre aux hasards de la guerre civile.

CHAPITRE XVIII
LE DUC D'ALBE.—LA SECONDE GUERRE CIVILE
1564-1567

À la fin de décembre 1563, le duc d'Albe, sur l'ordre de son maître, lui écrit les deux lettres dont nous avons parlé. Consultation en règle sur la politique espagnole (dissimuler, puis leur couper la tête).