Maurice avait traité avec la France dès octobre 1552. Le roi avait pris Metz en avril; en mai il était en Alsace.

Dès janvier 1552, les levées s'étaient faites à grand bruit par tout le royaume. «Il n'y avoit bonne ville où le tambour ne battît pour la levée des gens de pied; toute la jeunesse se déroboit de père et mère pour se faire enrôler; la plupart des boutiques demeuroient vides d'artisans. Tant étoit grande l'ardeur de faire ce voyage et de voire la rivière du Rhin!» Cette cohue immense de gens de pied, rapidement levée, dressée bien ou mal, comme on put, s'ébranlait vers l'ouest, sous le maître des maîtres, son rude instructeur Coligny. Le gendre de Diane, le frère de Guise, avait la charge agréable et plus noble de mener la cavalerie.

À voir ce mouvement, on se fût trompé sur le siècle, sur la pensée du règne. Ce roi persécuteur qui venait de lancer un édit inouï contre la liberté religieuse (donnant au délateur le tiers des biens du condamné!), voilà qu'il se portait en Europe pour le vengeur de la liberté politique. Il frappait des médailles au bonnet de la liberté, aux devises du Brutus antique!

Ce carnaval romain avait-il action sur les esprits? et vraiment qu'en pensait la France? On ne le sait. Ce qui est sûr, c'est qu'à ce mot de sauver l'Allemagne, de délivrer l'Empire, de punir Charles-Quint, le peuple, la noblesse, s'étaient précipités.

Cette noblesse mécontente avait tout oublié, et elle était venue en si grand nombre (même les sauvages nobles de Bretagne, d'armes et de maisons inconnues), qu'Henri II, étourdi de sa propre grandeur, dit dans un sot orgueil: «Protecteur de l'Empire! Mais pourquoi pas Empereur?»

Le grand point était dès le premier pas de rassurer l'Allemagne de réfuter la défiance ordinaire pour les Welches, de montrer qu'en les appelant elle ne s'était pas trompée. Les princes qui invitaient Henri lui avaient assez légèrement donné le titre de vicaire impérial dans les trois évêchés, Metz, Toul et Verdun. Il n'en fallait pas abuser. L'occupation de ces places devait se faire avec grande prudence, de doux ménagements. Metz naturellement hésitait. Le connétable y fut très-mal habile, brutalement, impudemment fourbe. Il obtint d'y mettre une enseigne; mais, sous cette enseigne de 500 hommes, 5,000 passèrent. On s'empara de même en trahison du duc de Lorraine, âgé de dix ans. On l'envoya en France. La ruse réussit moins contre Strasbourg. On avait dit que les ambassadeurs de Venise et du pape qui voyageaient avec le roi voulaient voir la fameuse ville, la merveille du Rhin. Ils arrivent fort accompagnés, mais ils sont reçus à coups de canon (3 mai).

Admirable conduite pour réconcilier les Allemands avec l'Empereur. Maurice, ayant dicté à Charles-Quint le traité qui garantissait les libertés de l'Allemagne (Passau, 17 juillet 1552), écrivit au roi ses remercîments. Il ne restait qu'à revenir.

Charles-Quint, miraculeusement relevé par nous, par la haine de l'Allemagne pour son faux défenseur, tombe sur nous trois mois après. Le vieux malade, ravivé, rajeuni de l'élan de l'Empire, vient avec soixante mille hommes pour nous reprendre Metz. Mais la France elle-même y était. Elle défendait en personne ce poste essentiel d'avant-garde. Tout ce qu'il y avait de jeune noblesse, les princes du sang, une élite de dix mille vieux soldats, sous le duc de Guise, s'enferma là, décidé à combattre à outrance. Le duc d'Albe, qui menait l'armée impériale, trouva la ville formidablement préparée, tout rasé à l'entour à grande distance, cinq faubourgs abattus, une grande armée d'Henri II tout près pour l'inquiéter, enlever ses convois, le ciel enfin contre lui, et l'hiver. Une mortalité terrible commença chez les assiégeants, plongés jusqu'au nez dans la boue. L'Empereur malade se désespérait. On lui prête des mots contre lui-même: «La Fortune est femme, elle n'aime pas les vieux.» Et un autre plus grave: «Hélas! je n'ai plus d'hommes

Il perdit trente mille soldats, dit-on, avant de pouvoir s'arracher de là (1er janvier 1553). Il laissa un monde de malades que nos Français (comme en 92) soignèrent, nourrirent avec les leurs.

Donc nous gardâmes Metz, Toul et Verdun. Admirable morceau d'Empire. Mais ce qui valait plus, l'estime de l'Empire et l'amitié de l'Allemagne, nous ne les gardâmes pas. Nous les perdîmes pour toujours. C'est la suprême fin de l'alliance protestante. La France reste seule en Europe.