Il était temps, grand temps, que le protestantisme prît l'épée et avisât à sa défense. Il périssait certainement s'il ne devenait un parti armé. Des événements graves, cent fois plus importants que cette vaine guerre des deux cours catholiques, s'étaient accomplis dans le monde religieux. La question suprême du temps éclatait dans sa vérité. Elle s'était révélée en Angleterre sous le terrorisme de Marie la Sanglante. En France, des ténèbres elle jaillit par un jet de flammes comme un incendie souterrain. En face de ces grands signes, les rois allaient se reconnaître, cesser une lutte qui n'avait point de sens, s'avouer qu'ils étaient d'accord, qu'ils n'avaient d'ennemi que la liberté protestante et tourner leurs efforts contre elle.

Aux Pays-Bas, en Angleterre, en Italie, en Espagne et en France, au nord comme au midi, tout s'accorde pour l'étouffer.

La Réforme française peut dire à ses enfants, comme le loup de la fable aux siens: «Montez sur une montagne, et regardez aux quatre vents; aussi loin que vous pouvez voir, vous ne verrez qu'ennemis.»

L'Allemagne ne lui est pas amie. Les luthériens sont devenus, par leur succès sur Charles-Quint, un parti officiel et reconnu, une église établie; ils sont maintenant en sûreté dans les constitutions de l'Empire, d'autant moins disposés à en sortir et courir l'aventure, à recommencer les combats pour la réforme calviniste, en rébellion contre Luther.

Allemands autant que luthériens, ils haïssent la France pour le vol des Trois Évêchés. Les réformés français sont encore Français pour eux.

Combien moins de secours ceux-ci peuvent-ils espérer de la Suisse, catholique ou sacramentaire? Ajoutons franchement, de la Suisse gorgée de pensions françaises et espagnoles. (Granvelle, III.)

Que fallait-il? Les chrétiens diront: «Accepter le martyre, continuer de tendre la gorge aux bourreaux. On eût vaincu à force de souffrir.»

Et les philosophes, les amis de la civilisation diront: «Attendre en attendant, se fier à la toute-puissance de la lumière naissante; la lumière, c'est la liberté; elle aurait vaincu à la longue.»

Réponses agréables aux tyrans et celles qu'ils demandent eux-mêmes.

Accepter le martyre? Il y avait quarante ans qu'on l'acceptait sans résistance. Ouvriers ou marchands, bourgeois des villes, ces chrétiens pacifiques se livraient à la boucherie; bien plus, ils voyaient, sans dire un mot, brûler leurs femmes et leurs enfants. Leur soumission excessive, dénaturée (coupable!), aux puissances, aux fléaux de Dieu, trahissait la famille, livrait non-seulement à la mort, mais à la tentation, à la corruption, à la damnation, les âmes innocentes des faibles, dont la défense était leur plus sacré devoir.