Don Juan traverse la France, déguisé, ne s'arrête que chez les Guises. C'est probablement alors qu'il fit avec Henri de Guise cette secrète alliance (que l'ambassadeur d'Espagne dénonça bientôt à son maître) pour la conservation des deux couronnes. L'un eût conservé Philippe, comme l'autre conservait Henri III.
Philippe avait gardé près de lui le suspect Escovedo pour lui donner, disait-il, les fonds nécessaires. Mais ces fonds ne vinrent jamais. Le roi fit exactement ce qu'aurait fait un ami d'Orange ou d'Élisabeth. Il s'arrangea de manière que le héros ne pût rien faire, se désespérât et mourût de faim.
Il arrivait juste au moment où les Belges imitaient la Hollande et rompaient avec l'Espagne. Les Espagnols révoltés avaient saccagé Anvers sans que le gouvernement, maître de la citadelle, fît rien pour les en empêcher (Morillon à Granvelle, novembre 1576). Cet événement horrible, dont frémit toute l'Europe, avait donné une force imprévue au prince d'Orange; Don Juan trouvait la situation presque désespérée. Ce qui étonne et ce qui peint l'audace vraiment absurde du parti qui le poussait, c'est qu'à ce moment où l'Espagne défaillait devant la révolution des Pays-Bas tellement agrandie, on faisait écrire le pape à Philippe II pour qu'il fît faire par Don Juan l'expédition d'Angleterre. Marie Stuart, pour le décider, déshérita son fils, et légua l'Écosse au roi d'Espagne pour lui ou autre des siens. Il ne bougea pas.
Il voyait parfaitement que son frère eût agi comme général du pape plutôt que comme Espagnol. Les Jésuites avaient nettement précisé la chose, disant aux États de Belgique que, Don Juan étant l'homme de Sa Sainteté, leur serment d'obéissance à Rome ne leur permettait pas de rester sous tout autre prince, même catholique (De Thou). Ils se laissèrent plutôt chasser de Malines et d'Anvers.
Don Juan eût probablement tenté l'invasion de l'Angleterre sans l'avis de Philippe II, s'il eût obtenu des Belges d'équiper une flotte et d'emmener ses Espagnols par mer. Mais ils dirent toujours par terre, et Philippe II fut pour eux, contre l'avis de Don Juan.
Qui sait, une fois en mer avec ses brigands espagnols, les premiers soldats du monde, ce qu'eût fait le jeune aventurier?
Où aurait-il abordé? En Angleterre? ou en Espagne?
Que pensa le roi quand il sut que le dangereux intrigant qui menait son frère, Escovedo, prétendait que, maître de Santander et de Pena, on pouvait le devenir aisément de la Castille, quand Escovedo lui-même lui demanda d'être nommé commandant de la Pena? Il fit tuer Escovedo (31 mars 1578). Don Juan mourut le 1er octobre.
En mai, précisément un mois après la mort d'Escovedo, Don Juan tomba malade au siége de Philippeville, de fatigue, dit-on, et de désespoir.
Il était désespéré et de la mort d'Escovedo, et de la publication de sa correspondance qui le démasquait, peut-être aussi de son triste succès à Namur, qu'il avait surpris aux Belges pendant qu'il traitait avec eux. Il était connu, et percé à jour, jugé traître des deux côtés.