NOTE I.—LE SENS DU VOLUME

Les trente années que contient ce volume me sont venues obscures, profondément énigmatiques. Y ai-je introduit la clarté?

Nulle œuvre de critique ne m'a coûté davantage. Je ne trouvais plus là la netteté et la franchise de mes hommes du XVIe siècle (que je regretterai toujours). Les figures dominantes qui ouvrent le XVIIe le roi-homme et le grand ministre, sont des caractères infiniment mixtes, qui demandent constamment à être examinés de près, discutés et interprétés. Les situations aussi sont compliquées et troubles. Ni les hommes, ni les choses, ne se prêtent aux solutions absolues et systématiques que l'on a données jusqu'ici.

Il faut, dans cette époque, plus que dans aucune autre, distinguer, spécifier, marcher la sonde à la main. L'histoire, de la place publique, du grand jour des révolutions, tombe aux cabinets des princes ou des ministres-rois. Elle doit aller doucement et tâter dans l'obscurité.

Mais cela fait, et cet objet obscur une fois bien saisi et serré, il faut le mettre en pleine lumière et sans tergiversation.

Trois questions dominantes, à la fin de cette enquête, se sont posées d'elles-mêmes, et les réponses sont sorties des faits, sans que je m'en mêlasse, par la force de la vérité.

I. Henri IV resta-t-il flottant jusqu'à la mort? S'arrêta-t-il au système de balance et d'équilibre, qui fut réellement l'idée de Richelieu, et que les Mémoires de Sully, écrits sous Richelieu, nous donnent comme l'idée d'Henri IV?

À quoi, je réponds: Non. À partir de 1606, sous une apparente fluctuation, Henri IV est fixé, les faits disent assez dans quel sens. Au départ de 1610, ses trois armées en marche ont trois généraux protestants.

II. La seconde question, le mystère de sa mort, par ceci même est résolue. À partir de 1606, dans ses quatre dernières années, ses ennemis, de leur côté, ne flottèrent plus; ils virent très-bien en lui, sous son masque indécis, leur ruine certaine si on le laissait vivre, et ils ne perdirent pas un jour pour conspirer sa mort. Le Louvre y travailla, autant que l'Escurial.

III. La politique d'Henri IV fut-elle reprise en France et continuée?