C'est ce qui le flattait le plus, d'entraîner tout par son ascendant seul. Sans violence, Foucauld, l'intendant du Béarn, lui promettait alors de faire la conversion de ce pays. «Les ministres d'eux-mêmes parlaient de se convertir.» On lui donna cinq mille volumes de Bossuet et des dragons. Mais la lecture aurait été trop longue. Tout d'abord, dans chaque village, les soldats menèrent le peuple à l'église. Mille outrages dans les maisons. Les femmes fuient aux montagnes; cinq ou six, serrées de trop près, aimèrent mieux périr, se précipitèrent, furent noyées, brisées par les gaves.
Des scènes, moins obscènes peut-être, mais tout aussi cruelles, se passaient en Écosse. Jacques avait lancé les dragons, trop célèbres, de Claverhouse, contre les puritains. La prière pour le nouveau roi, exigée d'eux, en était le prétexte. Des femmes, des enfants furent martyrs. Pour plusieurs, on abrége, on leur casse la tête à coups de pistolet. Les autres font spectacle. Une fille liée au rocher fut livrée à la mer montante, et jusqu'au bout chanta ses psaumes sous les yeux d'une foule en larmes qui demandait en vain sa grâce (Macaulay).
La tentative de Monmouth, fils naturel de Charles II, et candidat des puritains, fut, en juin et en juillet, étouffée dans des torrents de sang. Le juge favori de Jacques II, Jeffreys, se vantait d'avoir «exécuté plus de traîtres que l'Angleterre n'en vit depuis Guillaume le Conquérant.»
Un de ces traîtres qu'on pendit était un chirurgien coupable d'avoir pansé un homme. Des filles de dix ans auraient été exécutées si les parents n'eussent donné de l'argent à la reine. Une vieille dame qui avait sauvé un proscrit fut accusée par lui, et (comble d'horreur!) brûlée vive.
La situation de la France était autre. La question religieuse n'y était point compliquée de révolte. Nulle injustice, nul outrage ne réussissait à lasser la patience de nos protestants. Il était difficile de trouver à la persécution quelque prétexte politique. À cet effet, un pamphlet clérical, assez habile, fut lancé et troubla fort le roi. On y montrait les protestants comme un grand corps armé qui eût agi d'ensemble sous l'impulsion d'un directoire secret. Rien ne contribua davantage à le décider. Il croyait faire une œuvre et politique et populaire, désirée de la France. De violentes explosions d'artisans, mendiants, etc., avaient eu lieu; des bandes, menées par les curés, avaient détruit des temples, malgré l'autorité. Celle-ci eût été trop coupable si elle eût plus longtemps contenu ce bon peuple dévot.
Le roi était parfaitement entouré, et la lumière ne pouvait lui venir.
Ce n'était pas madame de Maintenon, ex-protestante, qui aurait osé l'éclairer. Elle eût voulu, je crois, pouvoir se reculer, ne pas parler. Pour une si grande résolution, d'une portée si vaste et si obscure, où le roi plus tard pouvait varier, elle eût bien mieux aimé dire modestement qu'elle n'était qu'une femme et ne se mêlait pas de choses si hautes.
Mais les Jésuites ne pouvaient lui permettre de s'abstenir.
Madame, mère du régent, dit expressément qu'elle écrivit un mémoire pour conseiller la Révocation (II, 128, 171). Et le bon sens indique qu'il en dut être ainsi. Si elle ne leur eût donné un gage décisif, elle n'eût jamais obtenu le consentement à la chose si difficile, qui faisait son sort, le mariage.
Sa situation, pendant deux ans, avait été intolérable. Elle n'était sûre de rien, et elle était la personne la plus dépendante du monde. Sa garantie unique était l'altération de la santé du roi, qui peut-être le rendrait fidèle.