Ces galants généraux, admirables pour être battus, ces ordres équivoques, cette demi-entente avec l'ennemi, tout cela part du même lieu, de la même influence.
En 1704, Blenheim, qui perd tout en Allemagne, qui perd notre réputation, notre ascendant militaire. En 1706, Ramillies et Turin, la perte des Pays-Bas et de l'Italie. Ajoutons Gibraltar, Barcelone et Valence.
CHAPITRE XIV
GOUVERNEMENT DES SAINTS—LE MINISTÈRE OCCULTE
LE DUC DE BOURGOGNE
1707-1708
Le roi ne sut que tard, à la mort de la duchesse de Bourgogne, la fâcheuse influence qu'elle avait eue sur nos affaires. Mais, dès 1704, dès la campagne de Blenheim, il eut regret à celle de madame de Maintenon, et, sans destituer son ministre Chamillart, il créa à côté un ministère occulte auquel celui-ci dut rendre compte, soumettre les dépêches, les plans, projets, etc.
Sous cette honte de Blenheim, humilié et se croyant, sans doute, frappé de Dieu, il regretta non-seulement son gallicanisme, mais même les tempéraments religieux de madame de Maintenon, cet esprit d'équilibre qui lui faisait préférer Saint-Sulpice et les Missions.
Il trouva qu'il avait été trop dur pour les Jésuites en écoutant leurs accusateurs des Missions sur leur paganisme chinois. Tout en gardant La Chaise, il avait fait condamner et chassé le P. Lecomte, confesseur de la duchesse de Bourgogne. Il avait nommé et créé contre eux un archevêque de Paris, M. de Noailles, allié de madame de Maintenon. Tout cela ne laissait pas que d'inquiéter sa conscience. Le fantôme du jansénisme qu'on lui montrait à l'horizon, comme impiété et comme esprit frondeur, le troublait fort aussi. De plus en plus il revint aux Jésuites et accorda sa plus secrète confiance aux dévots des dévots, MM. de Beauvilliers et de Chevreuse, qui, avec le jeune duc de Bourgogne, n'étaient qu'une âme en trois personnes et formaient comme un petit couvent au milieu de la cour.
Ces honnêtes gens, fort crédules, appartenaient à Rome entièrement et par suite aux Jésuites. Beauvilliers et le jeune duc étaient déjà dans le Conseil. Chevreuse n'y entra pas, pour être d'autant plus discrètement l'agent du ministère occulte qui contrôlait les actes de Chamillart et rendait compte au roi.
Cette trinité, inspirée de Cambrai, grandit toujours contre madame de Maintenon, se révéla, et, en 1708, elle eut tout le pouvoir. Elle négociait toujours. On peut justement l'appeler le parti pacifique, celui de la paix à tout prix.
Parti chrétien pour qui la guerre fut un péché, qui ne sut faire ni la paix, ni la guerre. Parti romain, mené par les Jésuites, qui, malgré sa douceur, les suivit à l'aveugle jusqu'à donner au roi le plus funeste confesseur, le furieux jésuite Tellier. Parti de grands seigneurs à petites vues qui, dans leurs projets de demi-réformes, repoussèrent les réformes profondes de Vauban et de Boisguilbert.
Leur évangile était la lettre où Fénelon (dès 1693) voudrait que le roi demandât la paix et expiât par cette honte la gloire dont il a fait son idole, qu'il rendît ses conquêtes. Les provinces qu'il eût fallu rendre étaient nos barrières naturelles; s'en dessaisir, c'était démanteler le royaume, abattre ses murailles et l'ouvrir à l'ennemi.