Celui-ci ne recula pas qu'il n'eût exécuté la chose. Dans son amour-propre de père, il n'eut point de repos que son monstrueux avorton, la Bulle, n'apparut, exposée à l'adoration dans les bras de la vieille Église.
On n'a jamais encore tout à fait disséqué cette chose étrange. Rien de lié, ni d'organique. Et de soudure, aucune. La plus grossière couture du tailleur de village y manquait même. On avait pris d'ici, de là, nombre de vieilles choses qui traînaient dans l'École, qui ne sortaient pas du séminaire et y seraient mortes tout doucement si ces furieux maladroits ne les avaient fourrées de force dans leur belle création. Là, compilées, mises en face l'une de l'autre, elles criaient, de couleurs discordantes, elles hurlaient, de contradictions. L'ensemble est si difforme qu'on a désespéré de le résumer. On montre tel article, tel membre. Essayons de donner le monstre même, éclos rue Saint-Antoine, adopté de Versailles, intronisé au Vatican, imposé urbi et orbi, mais, hélas! mort sous les sifflets:
Le but et le sens général est Mort à la liberté! à la vraie liberté pratique, qui relève d'elle-même et du droit. Mort à celle de la conscience, et aux franchises de l'État! L'autorité au pape! au prêtre! Son excommunication injuste n'en est pas moins valable: il fait la justice et le droit.
Mort à la Grâce (à la non-liberté), au dogme de saint Paul et de saint Augustin, qui disent que c'est Dieu qui fait le bien en nous[1].
Anathème à l'amour de Dieu, à ceux qui disent que nul bien n'est sans cet amour[2].
Anathème à la charité, à ceux qui disent que: La foi justifie quand elle opère, mais n'opère que par la charité[3].
Anathème à l'amour de la justice, à ceux qui prétendent que: Le cœur tient au péché, tant que cet amour ne le conduit pas[4].
On voit qu'en ce grossier mélange, on a copié d'une part la condamnation de l'esprit moderne, d'autre part celle de l'esprit ancien; celle de la Loi, celle de la Grâce. La philosophie, le christianisme, les deux plaideurs sont mis hors de cause, renvoyés dos à dos.
Quinet a dit excellemment cette vérité profonde: «Pour en finir avec les hérésies, le pape ici poignarde non-seulement le christianisme, mais l'idée même de la religion et de Dieu.
«En vérité, le XVIIIe siècle s'ouvre avec plus de solennité qu'on ne le dit. Du haut du Vatican, le pape jette l'Évangile dans l'abîme. C'est la première journée du siècle. Ce reste de gloire appartenait au souverain de l'ancien monde, de donner le premier signal de son renversement. Voltaire, Rousseau, n'avaient pas une autorité suffisante pour commencer. Il fallait que le prêtre même livrât son Dieu, fît cet aveu: Que toute chose était consommée.»