«Reviens à moi, pauvre homme! Reviens, infortuné!» dit la Nature; et elle ouvre les bras. Elle le dit par toutes les voix des sciences. Elle le dit par la Médecine, et c'est le mot même d'Hoffmann, dont les médecins de la Régence ont tous été disciples. Elle le dit par l'Histoire naturelle, qui déjà semble ouvrir la voie de Geoffroy Saint-Hilaire. Elle le dit plus haut encore dans le Droit et l'Histoire par Montesquieu, Voltaire, Vico. Des deux côtés des monts, sans communication, sous les formes les plus différentes, ils révèlent au même moment l'âme intérieure du siècle, la pensée qui le conduira: «L'Humanité se crée incessamment elle-même. Ses arts, ses lois, ses dieux, l'homme a tout tiré de son cœur, en s'éclairant de l'éternelle Justice. Rien de divin sans elle. Rien de saint qui ne soit juste, compatissant et bon.»
§ 2.
Un mot de ce volume:
Sa force, s'il en a, est toute en son principe, qui lui fait la voie simple dans une variété infinie de faits rapides, brusques, et qui semblent se contredire.
Saint-Simon n'a aucun principe. Il est tout à la fois pour le roi d'Espagne et pour le Régent. Grand écrivain, pauvre historien (du moins pour la Régence), il ne sait ce qu'il veut ni où il va. Il a de moins en moins l'intelligence de son temps.
Lemontey, très-fin, très-exact, très-informé, qui écrit en présence des pièces diplomatiques, a toute l'importance d'un contemporain. Il a fait un beau livre, qu'on lit avec plaisir. Mais rien ne reste dans l'esprit. Le détail, si bien ciselé, a beau être précis, l'ensemble en est obscur. Rien sur le nœud du temps (le Système). Un mot à peine sur la finale si dramatique et si morale, l'isolement de Dubois. Après avoir longuement analysé et disséqué ce drôle, il l'admire à la fin pour son inconséquence, pour avoir eu deux politiques contraires et s'être toujours contredit!
Les historiens économistes, dont plusieurs, d'un talent facile, semblent clairs à la première vue, regardés de plus près, restent obscurs. Ils se figurent que l'on peut isoler l'affaire économique, la suivre à part, donner les arrêts du conseil, les émissions de billets, d'actions, sans savoir jour par jour les faits moraux, sociaux, le détail de la crise politique, qui décidait ces actes de finance. Mais tout est solidaire de tout, tout est mêlé à tout.
Ces arrêts et ces chiffres qui ne leur coûtent rien, qu'ils cotent si tranquillement, ils me coûtent beaucoup, à moi. Il faut qu'à la sueur de mon front je les crée, les évoque de la révolution du temps, du brûlant pavé de Paris, que j'en demande le secret à la fatalité de Law, aux fluctuations de Dubois, aux violences de M. le Duc. Non, on ne peut donner les chiffres en supprimant les hommes. Dans les finances, comme partout, il faut une âme, et, par-dessus, un principe, pour la guider.