J'ai poussé si loin ce scrupule, que je me suis même abstenu de rien prendre dans d'Argenson, qui écrit peu après, mais lorsque Fleury a passé. Fleury, ce misérable temps de silence, d'assoupissement, est l'exacte contre-partie de la Régence, si bruyante. On touche à l'âge du Régent, de Law et des Lettres persanes, et on s'en croirait à cent lieues.


Je me tiens de très-près aux témoins exacts et fidèles qui notent et le mois et le jour, aux journaux de l'époque (V. mes Notes). Combien ils m'ont servi, spécialement celui qui est encore en manuscrit, on le verra dans les crises rapides où Law, de moment en moment, fait jaillir de son front les expédients du présent ou les lueurs de l'avenir. On le verra dans le combat obscur qui se livre autour de l'enfant royal, et dans les misères de Dubois, déjà abandonné, aux approches de M. le Duc. Ce ne sont pas des mois, ce sont des années presque entières, dont l'histoire jusqu'ici ne pouvait presque dire un mot.

1er octobre 1863.[Retour à la Table des Matières]

HISTOIRE DE FRANCE

CHAPITRE PREMIER

TROIS MOIS DE LA RÉGENCE—HOSTILITÉ DE L'ESPAGNE[1]
Septembre-Décembre 1715

L'aimable génie de la France, lumineux, humain, généreux, éclate le lendemain de la mort de Louis XIV dans tous les actes du Régent.

Admirable coup de théâtre. La noble langue qu'il parle dans les ordonnances est celle qui se retrouvera dans les lois de l'Assemblée constituante. C'est l'esprit de 89.

L'autorité, chose nouvelle, explique et motive ses actes devant le public, prouve qu'ils sont nécessaires et justes, prend la nation à témoin des difficultés du moment, établit que, dans une situation désespérée, on ne peut employer que des remèdes extrêmes. Tout cela exprimé dans une noblesse, une mesure, une délicatesse singulière, bien étonnante alors. Et, disons-le, attendrissante, lorsque l'on songe à l'état de la France, de ce malade si malade! On y sent la douceur d'un compatissant médecin.