Écartons le regard au plus loin, et voyons l'Europe.
À ce moment (1er avril 1757), elle offre un grand spectacle, rare, imposant, terrible. Tous les rois sont d'accord. De tous les points leurs armées sont en marche. La terre tremble, ébranlée sous les pas de sept cent mille hommes.
Tous contre un seul. Tous contre Frédéric.
La chasse s'ouvre, et c'est la Saint-Hubert. Il sera bien habile, entre tous ces chasseurs, s'il peut s'esquiver, échapper (Voltaire).
En même temps, juste en ce mois d'avril, la guerre est déclarée à la libre pensée. Des ordonnances atroces ouvrent la chasse aussi contre les philosophes, la librairie, l'imprimerie. À l'écrivain la Grève, au libraire les galères à perpétuité. Pour les moindres délits, pénalités sauvages.
Cela éclaire le temps, fait comprendre la crise. La croisade se fait et contre Frédéric, et contre l'Encyclopédie. Mort aux penseurs, et mort au roi de la pensée!
Gloire peu commune. Frédéric, mis au ban du monde, voit proscrire avec lui la grande armée des gens de lettres, «cette association fraternelle, désintéressée, que l'on ne reverra jamais.» L'Encyclopédie est brisée, démembrée. D'Alembert laisse là Diderot. La meute de la réaction hurle de joie. Féron, les Jésuites et Trévoux mêlent un concert sauvage au tambour de Marie-Thérèse.
Il est bien temps qu'on fasse réparation à Frédéric, nié, ou dénigré, amoindri cent années.
Le complot Autrichien et la Presse gagée de Choiseul ont épuisé sur lui la calomnie.
Voltaire, pour un tort passager et fort exagéré, l'a cruellement persécuté, dans ses écrits posthumes, poursuivi par delà la mort.