Il manqua pour toujours ce qui fut son grand but secret, son tribunal à lui, dont le plan existait déjà tout préparé. Les papiers Maurepas en ont eu la copie[25].

Ce point-là est acquis et pour l'éternité: le clergé perd l'espoir de retourner au Moyen âge, de se refaire son propre juge. L'œil de la Justice est sur lui.

Pour la royauté, il la garde, à la honte du Roi, de la France.

Ridicules au dedans, ridicules au dehors, nous sommes l'amusement de l'Europe (Villars).

Quelque faible, caduc, que puisse être ce gouvernement, il va et il ira de même. La mécanique est montée de façon que, sans une secousse violente, qui la détraque brusquement, il n'y a nul espoir d'arrêter. La guerre seule aurait chance de rompre ce déplorable engrènement.

Chauvelin dit franchement à son jeune ami d'Argenson la secrète pensée du moment: «Il a fallu tenter la guerre... Nous devenions trop méprisables.»[Retour à la Table des Matières]

CHAPITRE VII

ZAÏRE ET CHARLES XII—LA GUERRE
1732-1733

La devise légère qu'un chevalier jadis portait sur son écu à travers les batailles: «Chant d'oiseau!» c'est celle que la France, parmi tant de misères, gardait le long de son histoire. À ce premier réveil de 1733, quand l'Europe la croyait morose, épuisée et glacée, elle se lève guerrière et rieuse, avec la chansonnette du pacha français Bonneval, et autres petits airs, que nos pères ont chantés jusqu'à la Marseillaise. C'était bien peu de chose. Mais, de rhythme et d'élan, ces airs n'en furent pas moins aux soupers, aux combats, de vraies Marseillaises inspirées.

La France d'aujourd'hui, qui pose et se croit grave, ne comprend même plus comment c'était chanté. Elle serait tentée de n'y voir que l'ivresse. Mais les voix avinées n'ont pas ces mélodies. Les buveurs d'eau, les sobres, les maigres s'en grisaient. Deux choses en font l'accent qui ne sont pas vulgaires. C'est chant d'oiseau moqueur, risée des vieilleries. De plus, chant de l'oubli, celui de l'alouette qui plane insouciante, se rit de la vie, de la mort.