39—page [109]—Quelques mots grecs dans l'idiome celtique...
M. Champollion-Figeac en a reconnu jusque dans le Dauphiné.—On retrouve à Marseille, sous forme chevaleresque, la tradition de la reconnaissance d'Ulysse et de Pénélope.—Naguère encore l'Église de Lyon suivait les rites de l'Église grecque.—Il paraît que les médailles celtiques antérieures à la conquête romaine offrent une grande ressemblance avec les monnaies macédoniennes. Caumont, Cours d'Antiq. monument., I, 249.—Tout cela ne me semble pas suffisant pour conclure que l'influence grecque ait modifié profondément, intimement, le génie gaulois. Je crois plutôt à l'analogie primitive des deux races qu'à l'influence des communications.
40—page [110]—Si nous en croyons les Romains, leur langue prévalut dans la Gaule...
S. August., de Civ. Dei, l. XIX, c. VII: «At enim opera data est ut imperiosa civitas non solùm jugum, verum etiam linguam suam domitis gentibus, per pacem societatis, imponeret.»
Val. Max., l. II, c. II: «Magistratus verô prisci, quantopere suam populique romani majestatem retinentes se gesserint, hinc cognosci potest, quod, inter cætera obtinendæ gravitatis indicia, illud quoque magnâ cum perseverantiâ custodiebant, ne Græcis unquam nisi latine responsa darent. Quin etiam ipsâ linguæ volubilitate, quâ plurimum valent, excussâ, per interpretem loqui cogebant; non in urbe tantùm nostrâ, sed etiam in Græciâ et Asiâ; quo scilicet latinæ vocis honos per omnes gentes venerabilior diffunderetur.»
L. Decreta, D. l. XLII, t. I: «Decreta a prætoribus latine interponi debent.»—Tibère s'excusa auprès du sénat d'employer le mot grec de monopole... «Adeo ut monopolium nominaturus, prius veniam postulant quôd sibi verbo peregrino utendum esset; atque etiam in quodam decreto patrum, cùm ἔμβλημα recitaretur, commutandam censuit vocem.» Suet. in Tiber., c. LXXI.
41—page [112]—Dans le langage... des traces de l'idiome national...
Dès le huitième siècle, le mariage des deux langues gauloise et latine paraît avoir donné lieu à la formation de la langue romane. Au neuvième siècle, un Espagnol se fait entendre d'un Italien (Acta SS. Ord. S. Ben., sec. III, P. 2a, 258). C'est dans cette langue romane rustique que le concile d'Auxerre défend de faire chanter par des jeunes filles des cantiques mêlés de latin et de roman, tandis qu'au contraire ceux de Tours, de Reims et de Mayence (813, 847) ordonnent de traduire les prières et les homélies; c'est enfin dans cette langue qu'est conçu le fameux serment de Louis-le-Germanique à Charles-le-Chauve, premier monument de notre idiome national.—Le latin et le gaulois durent, sans aucun doute, y entrer, suivant les localités, dans des proportions très différentes. Un Italien a pu écrire, vers 960: «Vulgaris nostra lingua quæ latinitati vicina est» (Martène, Vet. Scr. I, 298): ce qui explique pourquoi la langue vulgaire provençale était commune à une partie de l'Espagne et de l'Italie; mais rien ne nous dit qu'il en fût de même de la langue vulgaire du milieu et du nord de la Gaule. Grégoire de Tours (l. VIII), en racontant l'entrée de Gontran à Orléans, distingue nettement la langue latine de la langue vulgaire. En 995, un évêque prêche en gaulois (gallice. Concil. Hardouin, V, 734). Le moine de Saint-Gall donne le mot veltres (lévriers) pour un mot de la langue gauloise (gallica lingua). On lit dans la vie de saint Columban (Acta SS. sec. II, p. 17): «Ferusculam, quam vulgo homines squirium vocant (un écureuil).» Il est curieux de voir poindre ainsi peu à peu, dans un patois méprisé, notre langue française.