Les dépêches de Hoche montrent bien que l’histoire ne s’est pas trompée, et que c’était un vrai héros. Un grand peuple de femmes, de vieillards et d’enfants restait encore dans la presqu’île, Hoche seul en a pitié. Il écrit aux représentants, et par voie indirecte il expose au Comité de salut public ce qui peut excuser ces malheureux « entraînés par la terreur ou le prestige. Il serait cruel, impolitique de les détruire. Qu’ils désarment, aillent moissonner. » (Savary. V, 251, 257.)

Ces sentiments étaient ceux de beaucoup des nôtres, spécialement du général Humbert. C’était un fort brave homme, qui avait beaucoup de cœur, s’était montré crédule aux royalistes et un peu ridicule par son imprudente bonté. Le 18, il voit sur la plage Vauban et un autre. Il approche avec confiance ; leur demande combien ils ont perdu, le 16, d’anciens officiers de marine. — Cinquante-trois. — Quelle perte pour la France ! dit-il. — Il leur toucha la main, et dit : « Pourquoi se battre ? arrangeons-nous… Écrivez donc à Tallien qui arrive ! » — Puis il leur dit que Tinténiac allait bien.

Ici Vauban se trompe, accuse à tort Humbert de mensonge et de perfidie. « Tinténiac, dit-il, était tué. » Il le fut le 18, fort loin de là. Humbert, qui parle le 18, certainement n’en savait rien.

Humbert, sans le vouloir, par ces paroles généreuses, étourdies, n’agit que trop. Cela fut répété. Beaucoup en prirent l’espoir d’une capitulation facile. Ils mollirent, se détrempèrent fort. Ils n’avaient réellement aucun chef sérieux. Puisaye, le général en chef, que d’Hervilly avait fait loger fort loin du fort, ne donnait aucun ordre. Personne ne l’aurait écouté. Le second qu’on nomma pour remplacer d’Hervilly, aurait été Vauban, qui refusa. L’amiral qui avait pouvoir pour choisir, prit le plus agréable aux émigrés, leur jeune Sombreuil.


Des témoins qui ont vu et conté la catastrophe de Quiberon, Puisaye, Vauban, — Tallien, Rouget de Lisle et Moreau de Jonnès, — le seul qui ait tout vu, du commencement à la fin, fut le dernier, alors jeune grenadier de Hoche, esprit fort modéré, nullement hostile aux vaincus.

Son récit est le plus complet et le plus raisonnable. Ni Vauban, ni Puisaye n’ont vu le commencement. Tous deux, couchés chez eux, et loin du fort, furent éveillés par le canon. Tallien, Rouget de Lisle, ne virent guère que la fin. Les récits de ceux-ci sont fort déclamatoires, douteux en certains points. Ceux de Vauban, Puisaye, hardiment romanesques en ce qui peut diminuer la victoire des républicains.

Deux points très capitaux, constatés, avoués par les vaincus eux-mêmes :

C’étaient toujours les nobles étourdis de Rossbach et autres surprises, se piquant de n’avoir pas peur, de ne prendre nulle précaution. La double confiance qu’ils eurent, en arrivant, au canon anglais sous lequel ils étaient, et au grand peuple de la côte, fit qu’ils se dispersèrent le long de la presqu’île aux lieux les plus commodes, comme abris. Chacun s’était arrangé de son mieux, et il n’y avait pas à penser de les tirer de là. Puisaye, on l’a vu, avait été logé fort loin, Sombreuil, encore plus loin des forts. Ce nouveau commandant, si jeune, et simple colonel, avait bien peu d’autorité sur tant d’hommes gradés, d’officiers de terre et de mer, de chevaliers de Saint-Louis à cheveux blancs. Il n’essaya de rien changer, ne fit rien et ne prévit rien.

L’autre point grave dont leur légèreté, leur sécheresse militaire ne tenait aucun compte, c’est qu’ils avaient sous eux, au milieu d’eux, des malheureux qui étaient là de force et très impatients de s’affranchir. On connaît la dureté effroyable des pontons anglais, où les prisonniers manquaient de tout, même d’air. Eh bien, les ministres anglais, faits aux violences de la Presse, et d’Hervilly, dur et brutal, avaient imaginé de recruter là-dedans, et ils y avaient pris des misérables pour les affubler d’habits rouges et les mener contre la France. Ces gens étaient furieux, enragés d’être avec les ennemis de leur pays. C’est par là que ceux-ci méritaient de périr.