Hoche, n’y pouvant rien faire, était parti pour Saint-Malo et Rennes, qu’il voulait raffermir. Mais il écrivit fortement pour cinq mille chouans prisonniers qui risquaient de périr avec les émigrés. Le Comité (en tête le très fin légiste Merlin) trouva un distinguo, une fiction heureuse : « qu’ils avaient été engagés malgré eux. » Ainsi on éluda la loi. Mais elle était précise contre les émigrés, bien jeunes, qui ayant eu seize ans en 89, en avaient vingt et un en 95. — On eut beau faire, on ne put les sauver.
Il ne faut pas oublier la terrible situation où l’on était. Le Midi nageait dans le sang. Comme on a vu, les royalistes y tuaient même les modérés. Dans le Morbihan, les chouans étaient si peu abattus, si opiniâtres, qu’autour de Vannes ils continuaient de fusiller les paysans qui portaient leurs denrées au marché. (Sav., VI, 355).
A Auray, l’entrée aux flambeaux que firent les prisonniers, toutes les femmes étant aux fenêtres et en larmes, fut une grande scène royaliste. Nos officiers obsédés, circonvenus, et sur lesquels les dames et les notables agissaient, ne pouvaient se décider à former les commissions militaires. Elles furent d’abord molles et lentes. Si le général Lemoine ne les eût recréées, on aurait eu le temps de délivrer les prisonniers. Les royalistes eussent fait (et non manqué) leur Vendémiaire. Les assassinats, les massacres, eussent redoublé dans le Midi.
Ce fut à Vannes même, dans la grande ville centrale, qu’on fusilla Sombreuil, l’évêque de Dol et cent quatre-vingt-sept des plus importants. Huit cents autres le furent à Auray.
CHAPITRE XI
RENTRÉE DES ROYALISTES. — LEURS MASQUES DIVERS.
Tallien revint effaré, et dit à sa femme dans ce salon plein de royalistes : « Tout est fini. » Elle fondit en larmes. Cela finissait leur royauté de Thermidor.
Plus d’équivoque dès lors. On se réveilla du songe où la société, le monde, la facilité des mœurs, l’amabilité des dames semblaient avoir rapproché, mêlé presque les partis. A cette vive lueur sanglante, les deux partis se reconnurent, se virent dans leur vérité.
L’Assemblée se ressouvint qu’elle était la Convention, et que les royalistes, si aimables à Paris, n’en étaient pas moins les amis des assassins de l’Ouest et des massacreurs du Midi.
Les royalistes avaient cru d’après quelques vaines paroles avoir pour eux bien des membres, surtout dans les Comités du gouvernement. Et personne dans l’Assemblée, personne dans les Comités n’avait osé parler pour les prisonniers de Quiberon. La loi était précise ; elle les condamnait à mort. Les Boissy, les Larivière, déjà suspects pour n’avoir dit un seul mot des massacres royalistes, de Tarascon, de Marseille, craignirent, s’ils parlaient ici, que la cocarde blanche, qu’ils avaient déjà au cœur, ne leur apparût au front.
Ils se vengèrent de leur silence en exigeant qu’on arrêtât dix montagnards, accusés déjà depuis Prairial (entre autres Lequinio, Fouché). Par une misérable bascule, les Thermidoriens, qui alors s’éloignaient du côté droit, lui firent cette concession (8–9 août).