J’ai anticipé un peu pour caractériser le 13 vendémiaire par ses effets dans le Midi. J’en ferai autant pour l’Ouest, où il amena réellement la dissolution de la Vendée.
La Vendée avait deux espèces d’hommes en opposition parfaite : l’émigré et le chouan. Cela éclate à chaque instant, nulle part mieux que dans le récit que Vauban a fait de l’expédition où Pitt essaya enfin son comte d’Artois. Celui-ci, vrai tardigrade, dans cet immortel récit est peint au vif avec sa petite cour de vieux émigrés, avançant d’un pas, reculant de deux. Ils lui donnaient les conseils de la parfaite prudence : « Pourquoi risquer ce cher prince dans cette guerre de sauvages, au fond des bois ? Ne valait-il pas mieux attendre les mouvements de Paris, une restauration si facile, qui déjà était au cœur des Français et allait se faire d’elle-même ? » Ils sauvèrent ainsi à leur prince l’aventure de Quiberon, en juillet. Ils lui firent manquer aussi celle de Noirmoutiers et l’Ile-Dieu, en octobre–novembre, et attendre que la mer mauvaise rendît la côte intenable. On ne put pas trouver Charette ; on ne put se joindre à lui. D’autre part, cette cour du prince attisait les haines entre Rennes (Puisaye) et le Morbihan (Cadoudal). Elle parvint à rendre suspect, inutile, l’homme intelligent, Puisaye, qui tenait les fils de toute la Chouannerie. Homme, il est vrai, terriblement antipathique aux émigrés. Il immolait leurs intérêts aux Chouans, donnait à ses assignats, puis à son emprunt anglais, pour gage et pour garantie les propriétés d’émigrés[27]. (Sav., VI, 163, 29 janvier 96.)
[27] Le retour des émigrés qui se faisait partout marquait leur opposition au vieux parti fanatique, le parti prêtre et paysan des primitifs Vendéens (Bernier, Stofflet, etc.). Le 11 août, au château de Bourmont, M. de Châtillon, homme de grande naissance, avec un conseil de seigneurs, fit une sortie terrible contre les prêtres qui, au lieu de patienter, d’attendre les élections, avaient fait faire mille crimes sur les grandes routes. Il leur défendit de se mêler de rien, et, séance tenante, les chassa de sa présence. (Sav., V, 321.) Châtillon ajouta encore : « Il nous faut des chefs instruits », notant ainsi durement Stofflet et le meunier Cadoudal. Ce vaillant Stofflet recevait à ce moment du roi même et de son ministre à Londres une bien sotte rebuffade : « On ne peut le décorer de la croix de Saint-Louis, car il n’est pas gentilhomme. » Le roi en nommant Charette généralissime, avait exaspéré la haine que Bernier et Stofflet avaient contre lui. Bernier, dans un mémoire terrible adressé au comte d’Artois, résume les crimes de Charette, en fait un portrait atroce. Ainsi, de toutes parts, la Vendée tombait en dissolution. Hoche réussissait partout par le plus simple moyen : il saisissait les bestiaux du paysan jusqu’à ce que celui-ci remît son fusil. Et il le remettait avec d’autant moins de regret que le retour de son seigneur l’émigré, qui revenait pour demander ses fermages, refroidissait son royalisme et le dégoûtait de la guerre civile.
Telle est donc la grandeur de la Convention qui finit :
Elle comprime le Midi par la mission de Fréron.
Elle dissout la Vendée par l’adresse, le génie pacificateur de Hoche.
Elle ajoute (le 1er octobre) neuf départements à la République, annexant à la France la Belgique.
Sans annexer la Hollande, elle en dispose désormais, l’entraîne dans le mouvement de la France.
Elle avait traité avec la Prusse, avec l’Espagne détachée de la coalition. En septembre, elle ordonna à Jourdan de passer le Rhin, d’attaquer l’armée de l’Autriche. Le succès était certain, sans l’inaction calculée, perfide de Pichegru.
Jamais, depuis Louis XIV, la France ne fut plus haut. Mais entre le grand Roi et la Convention il y avait cette différence que, la Convention, forçant les rois à traiter avec la République, imposait, faisait accepter à l’Europe le principe nouveau.