Il repousse l’injure de ceux qui le disent hébertiste (no 3, 22 fructidor).

Il n’est nullement ennemi de la propriété. Babeuf (au no 4), loue et félicite ceux qui en défendent les droits.

Même en janvier 95, lorsque la persécution l’a exaspéré, il ne demande encore (no 29) que ce qui a été voté ou promis par l’Assemblée elle-même : des lois contre l’accaparement, des secours aux vieillards et aux infirmes, pour tous l’éducation et des moyens de travail ; des terres enfin pour retraite aux défenseurs de la patrie.

On n’accabla le journal, Babeuf, et le club de l’Évêché, qu’en employant la calomnie, en évoquant l’épouvantail de la loi agraire, en les flétrissant du nom d’exagérés, de furieux, tandis qu’au contraire, Babeuf ne prêche dans son journal qu’indulgence, même pour ses plus grands ennemis (v. le no 19), et que, dans sa Vie de Carrier, il n’invoque que les indulgents, Phelippeaux, Desmoulins, Danton.

Il y a dans ce journal des choses très belles, d’un grand sens, et qui montrent que ce pauvre Gracchus Babeuf (avant d’être ensauvagé par l’excès des maux, des jeûnes, les prisons, etc.,) eut, non seulement un cœur admirable, mais un ferme, un pénétrant esprit. Je vois au no 2 l’observation la plus juste sur la langue révolutionnaire, la barbarie d’un jargon obscur et néologique, la confusion terrible qu’il met dans la tête du peuple : « Nous avons rétrogradé, dit-il. Réapprendre la liberté c’est plus difficile qu’apprendre. »


J’ai demandé bien souvent aux gens qui avaient vu ce temps : « Que pensait-on ? que voulait-on au mois d’août 94, après cette secousse immense ? — Vivre, me répondaient-ils.

« Et quoi encore ? — Vivre.

« Et qu’entendez-vous par là ? — Se promener au soleil sur les quais, les boulevards, respirer, regarder le ciel, les Tuileries un peu jaunissantes, se tâter et se sentir la tête sur les épaules, se dire : « Mais je vis encore ! »

On arrivait à la place de la Concorde. On admirait les loisirs de la guillotine. Depuis l’exécution de la prétendue Commune, elle était destituée, commençait un long chômage. Qu’allait devenir Sanson ? On en fit une gravure où l’on voyait l’infortuné, qui, désolé de ne rien faire, se guillotinait lui-même.