Ce vote sonnait la dernière heure des Jacobins. Il était sept heures du soir. Ils entrèrent, enfin, dans leur salle, et, comme les Hébreux en péril, ils dévoilèrent les tables de la Loi, lurent la Déclaration des Droits de l’homme.

« Mais c’est l’œuvre de Robespierre ! » disaient les uns, « Peu importe ! Peu importe, répondait-on. L’or peut se trouver dans la boue. »

Quelques-uns, à la lecture, criaient : « Chapeau bas ! tête nue ! » — D’autres voulaient qu’on se couvrît. Vaine dispute, et qui prit du temps.

A ce moment, les Jacobins avaient parmi eux l’ennemi. Ils se sentaient menacés. Plusieurs chantaient la Marseillaise pour s’encourager au combat. Mais d’autres, pour les faire taire, chantaient le Réveil du peuple, un chant de réaction.

A sept heures un quart, la cour pleine d’une foule ennemie criait : « A bas les Jacobins ! » Les femmes furent épouvantées, et disaient : « Mon Dieu ! mon Dieu ! » Quelques-uns veulent se défendre. La plupart veulent sortir. On se heurte. On se blesse. On tombe… Par bonheur, la troupe était déjà arrivée et contenait les jeunes gens. Les Jacobins s’enfermèrent, emmenant deux prisonniers. Ils ne leur firent aucun mal, leur mirent seulement le bonnet rouge pour les protéger.

Ayant repris la séance, à ce moment décisif, ils attendaient le résultat d’une tentative dernière qu’ils firent pour appeler Paris. Ils avaient envoyé des leurs aux sections, au centre, au faubourg Saint-Antoine. Les grands quartiers ouvriers se mettraient-ils en mouvement ? C’était toute la question. Ils ne bougèrent. Les Jacobins avaient, contre Babeuf, de concert avec l’Assemblée, empêché l’élection, empêché la résurrection de la Commune de Paris. Leur défense opiniâtre de Carrier, du Comité des noyades, glaçait les masses parisiennes, généralement humaines, et alors uniquement attentives au grand procès. Ainsi nul secours ne vint. Paris fut pour les Jacobins ce qu’il fut pour Robespierre même.

Suprême condamnation. Cette illustre société, qui avait fait tant pour nous, contre nous aussi plus tard, qui, croyant garder le pouvoir, avait éreinté Babeuf, le parti de l’élection, sortit de son étroite église. Elle est sortie dans l’histoire et dans l’immortalité.

Les Jacobins, un à un, partirent, donnant le bras aux femmes, pour les reconduire chez elles. Les troupes faisant la haie, les représentants étant là, la foule était furieuse de ne pouvoir rien faire que maudire et regarder.

Les rues restèrent pleines, agitées jusqu’à trois heures du matin. Les représentants allaient et venaient, tâchaient de calmer les esprits. Enfin, ils fermèrent la porte des Jacobins, y mirent les scellés (10 novembre 1794, 20 brumaire an III).

DEUXIÈME PARTIE
FIN DE LA CONVENTION. — DIRECTOIRE.