Dans un tel état des esprits, le moindre bruit frappait et effrayait. Sur un cri des tribunes, sur un mot emporté de Ruamps, de Duhem, l’Assemblée s’émouvait. Les Girondins montraient le poing à la Montagne, criaient : « Voyez-vous le complot ? »

Dans Paris, le cours de Laharpe avait un effet incroyable. Ce bavard, converti par une noble dame en prison, prêchait maintenant contre lui-même, donnait au public ce spectacle d’un terroriste accusant la Terreur. Un certain groupe autour de lui se formait, une société violente de réaction. De son Lycée, la jeunesse élégante s’élançait au théâtre, y chantait le réveil du peuple et faisait taire la Marseillaise. Mais elle se heurta à des masses hostiles, la plupart étaient des élèves de l’École normale. Si loin dans l’insolence allèrent les muscadins que l’Assemblée finit par s’indigner. On cerna un théâtre, on en enleva deux cents qui furent conduits aux Gravilliers et durement tancés par cette section patriote.

En revanche, on fit faire par l’enragé Fréron l’accusation en règle des Jacobins (9 février, 21 pluviôse). Ramassant leurs propos furieux, insensés, leur prêtant un accord qu’ils n’avaient nullement, il combina tels mots du faubourg Saint-Antoine, et tels de Saint-Marceau. Dans la réalité, Babeuf s’était rapproché d’eux. Mais cette coalition des deux clubs rivaux naguère n’était menée par nul homme d’action. Celui qui l’eût conduite, rendue redoutable peut-être, Lazouski, l’homme du 10 août, venait justement de mourir.

Fréron affirmait, soutenait qu’on tuerait cent représentants, girondins ou thermidoriens.

Accusation sans preuve, mais dont l’effet certain était d’exaspérer les haines et les frayeurs. On arrêta Babeuf (21 février). Et, le 2 mars, le déclamateur Saladin, dans un rapport contre Collot, Billaud, Vadier, Barère, entama réellement un procès contre la Montagne. Il n’allait pas à moins qu’à frapper tour à tour une centaine de représentants qui en 93 avaient été en mission.

Un député de la Seine-Inférieure, Faure, disait sagement que le procès des quatre devait être remis à un an. Mais on n’écouta rien. Legendre fit voter qu’ils seraient à l’instant mis en arrestation.

Fatal commencement, qui, de nouveau, allait ouvrir la voie à une opération barbare de l’Assemblée sur elle-même. Un homme le sentit, de peu de portée, mais honnête, qui suivait toujours son cœur ; il fut en août, l’organe du mouvement alors si général contre le Terrorisme. Lecointre, le 19 mars, retourné violemment, étonna tout le monde, en demandant la Constitution de 93.

Les plus sages de la Montagne, Romme, Goujon, etc., applaudirent et avec raison. Quelque jugement qu’on porte sur cette machine impossible, elle pouvait utilement servir à enrayer sur la pente où l’on glissait, retarder la réaction.

Dès le 17, avait eu lieu, au faubourg Saint-Marceau, un rassemblement d’affamés. Le 21 (1er germinal), une masse du faubourg Saint-Antoine vint demander à l’assemblée la Constitution de 93 et la fin des disputes, c’est-à-dire, prier l’assemblée de ne pas se tuer elle-même.

Pétition fort mal reçue des modérés. Ils firent faire par Sieyès une loi de police, menaçante et de peu d’effet :