« Qui viole l’assemblée est déporté, qui insulte un député est mis à mort. En cas de trouble, on siégera à Châlons, et (chose infiniment dangereuse, imprudente), on appellera de chaque armée une force qui protège la Convention. »
La faim n’a peur de rien. Le 7 germinal (27 mars) on ne put distribuer le matin qu’une demi-livre de pain ; autant devait en venir le soir. Mais on n’attendit pas. Au centre de Paris, les femmes se soulevèrent, marchèrent sur la Convention.
Boissy expliqua parfaitement la situation. Paris consommait beaucoup plus, ayant une foule de mangeurs étrangers, au moins 50,000 (plus 8,000 militaires destitués, fort embarrassants). Les convois de farine arrivaient lentement, étant trop souvent retenus, arrêtés en chemin par des populations qui criaient qu’on les affamait. A Paris, quoi qu’on fît, plusieurs prenaient trop, s’approvisionnaient pour plusieurs jours. La banlieue trouvait cent moyens d’emporter du pain de Paris.
Des représentants en personne allaient presser les arrivages. On ne les écoutait pas. On les menaçait même. Plusieurs furent en danger. Emploieraient-ils la force ? Faudrait-il revenir aux moyens de terreur ?
L’hésitation où l’on était, et la difficulté d’organiser cette force qui fît venir les fermiers malgré eux, prolongèrent la situation. Les souffrances étaient visibles, incontestables. Mais l’Assemblée croyait qu’un complot jacobin les exploitait et soulevait le peuple. Alarmée de l’éclat du 7, elle semblait vouloir profiter de la loi nouvelle, s’établir à Châlons, laisser Paris à la misère, au désespoir.
Elle suivait avec passion son procès contre la Terreur. Passion fort aveugle, qui, les yeux fermés, confondait les deux fractions opposées du précédent gouvernement, poursuivait à la fois les instruments de Robespierre (Herman, Fouquier), et les ennemis de Robespierre (Collot, Billaud, Vadier, etc.).
Le 8, s’ouvre à grand bruit le procès de Fouquier-Tinville, d’Herman, etc. Le 12 (comme on va voir), on déporte Collot, Billaud… les furieux de 93.
Nulle preuve que ces deux terrorismes, qu’on poursuivait, eussent fait un complot. Ce fut tout simplement une distribution de pain retardée qui (le 12 germinal, 1er avril) porta un flot de femmes à la Convention. Elles menaient leurs enfants avec elles. Cette grande masse, poussée par derrière, força la garde, tomba dans l’Assemblée. Elles criaient : « Du pain ! du pain ! » Carnot dit dans ses notes (voy. Mém.) que ce rassemblement n’était nullement menaçant.
Même les pétitions que les hommes apportèrent ensuite, quelque diverses qu’elles fussent, démagogiques ou non, s’accordaient en ceci : « qu’elles priaient la Convention de rester à son poste », donc lui accordaient confiance.