Avant l’entrée de cette foule, l’excellent Lanthenas, le girondin (et l’ami des Roland), avait supplié les représentants de prendre une mesure d’équité pacificatrice : « de rassurer les patriotes, qui, égarés dans la Terreur, avaient nui sans intention. »

Mais quelques fous de la Montagne, Ruamps le maratiste, et un certain Bourgeois, exaspérèrent l’Assemblée par des mots d’une calomnieuse fureur : Que les comités, par exemple, soldaient les muscadins, qu’ils organisaient la famine. Ce mot, dans un tel jour, pouvait avoir une portée terrible. La Convention se contint, mais le soir, mais la nuit, frappa cruellement.

Tout cela se passait à travers un fort long rapport de Boissy, souvent interrompu, mais qui finalement proposait de céder à la voix de Paris, de revenir aux moyens de contrainte pour l’approvisionner par réquisition. Pour réussir on devait, dans chacune des sections, élire et armer cinquante hommes.

Mais que feraient ces hommes ? On n’osait dire encore qu’ils obligeraient les fermiers d’apporter. On disait seulement « que, commandés par des représentants, ils protégeraient les arrivages. »

Vaine et molle rédaction. Legendre dit : « Cela ne sert à rien sans une loi qui force le fermier à vendre à un prix raisonnable. »

Et Goujon ajouta : « Cela ne sert à rien, si les réquisitions pour Paris, se font dans des lieux où achètent des districts plus éloignés » (si Vernon, par exemple, fournit Rouen plus que Paris).

Les moyens vigoureux vers lesquels l’Assemblée aurait penché peut-être, furent singulièrement énervés par un article doucereux que Sergent fit joindre au décret, à savoir « que les Parisiens armés qu’on envoyait, s’aideraient au besoin de la garde nationale de la localité. » C’est-à-dire que, pour faire ces réquisitions, ils s’appuieraient de ceux qui, de tout leur pouvoir, les empêchaient.


Cependant les prières, les instances de la Montagne décident la foule à partir. On étouffait. L’Assemblée, rendue à elle-même, restait très-indignée et non pas seulement les rétrogrades, mais des républicains sincères (comme Chénier). Le président André Dumont, en profita pour que l’on fît une chose odieuse, ce fut de décréter non pas l’accusation des quatre (Collot, Billaud, etc.), mais leur déportation sans jugement. Sauvage précipitation qu’on n’avait pas montrée pour Carrier même, quatre ou cinq mois auparavant.

La nuit était venue, et des bruits s’étaient répandus très-irritants. On disait qu’Auguis et Pénières, deux représentants, avaient été tués et blessés. Auguis, ancien dragon, fort colérique et provocant, s’était jeté au travers des quartiers les plus émus (Saint-Jacques, etc.), on lui avait arraché son écharpe, il avait reçu une égratignure. Pénières venu à son secours, fut prisonnier, et l’on tira sur lui, heureusement sans l’atteindre. Ces deux victimes ramenées en grand appareil théâtral, mirent l’Assemblée hors d’elle-même. On venait de souper, tout le monde parlait et jetait des cris de vengeance. Jusqu’au matin du 13, on prescrivit, sans ordre et au hasard, celui-ci, celui-là, Ruamps, Duhem, Choudieu, Amar, Moïse Bayle, Rossignol, etc. Cela allait si vite, que l’un des plus violents proscripteurs, Bourdon de l’Oise, lui-même arrêta, dit : « Assez. »