Le furieux Fréron exagérant toujours, jurait que la révolte était dans Notre-Dame, s’y fortifiait : On donna le commandement au général Pichegru, à Barras, et Merlin de Thionville, qui se promenèrent dans Paris, ne trouvèrent rien. Aux Champs-Elysées seulement, un groupe essaya d’arrêter les voitures où étaient les déportés qui n’en allèrent pas moins à Ham.

L’Assemblée obéie, maîtresse de Paris, aurait dû se calmer, et elle ne le pouvait. Elle allait furieuse et sans trop savoir où. Ses défiances étaient telles, que les Girondins mêmes en venaient à s’accuser entre eux. Louvet, Daunou leur semblaient terroristes. Un des collègues de Daunou, son très-intime ami, qui avait été en prison avec lui et avec les 73, lui disait avec larmes, le serrant dans ses bras : « Par tout ce qui est sacré, je t’en prie, dis-le-moi. Embrassé-je un ami ou bien un assassin ? » (Voy. Taillandier.)

Ainsi se faisaient les ténèbres. On se frappait, à vrai dire, dans la nuit. En déportant Collot, Billaud, on arrête Lecointre, justement l’homme qui les a dénoncés !

On hurla quatre jours : « Faites arrêter Cambon ! » La Convention le vota !… Démence !

C’était précisément revenir au 9 thermidor. Ce jour, on s’en souvient, fut décidé par l’attaque imprudente de Robespierre contre Cambon. L’émeute des rentiers contre lui fit croire à Robespierre qu’il pouvait faire sauter le grand chef des finances. Mais en s’aidant ainsi de l’irritation des rentiers, on risquait d’alarmer une autre classe, immense, tous ceux qui sous cette administration avaient traité avec l’État, les acquéreurs surtout de biens nationaux. Ce nom, qui fut celui de la probité inflexible, couvrait, garantissait la fortune publique. Cambon de moins, c’était la banqueroute. L’arrêter, c’était d’un seul coup tarir la vente, éreinter l’assignat.

Les royalistes se tenaient jusque-là avec quelque pudeur. Ils prenaient d’autres noms. Ils ne se gênèrent plus en voyant l’Assemblée se proscrire elle-même. A Rouen, on attaqua l’hôtel de ville aux cris de « Vive le Roi ! » (15 avril). Le 20 (le 1er floréal), l’intrigant Cormatin se fait à Rennes une entrée triomphale. M. de Précy est dans Lyon, refait la garde nationale, et il n’admet comme officiers que ceux qui ont porté les armes contre la convention.

Par la frontière de Suisse, rentraient en foule les émigrés avec de faux passeports. C’est un flot de fureur, de haine et de vengeance qui s’engouffre au volcan de Lyon.

L’Assemblée eût frémi si elle eût deviné l’effet que ses emportements allaient avoir au loin. Tout ce qui, dans Paris, s’était passé en cris, en injures, en arrestations (la plupart passagères), à Lyon et au Midi se reproduisit bientôt en sanglantes exécutions.

L’innocent Germinal de Paris devient là-bas un 2 septembre.

Pour en arriver là et frapper un grand coup, on faisait circuler des bruits ridicules, insensés : « que les Jacobins relevés allaient opérer désormais avec un instrument nouveau, une guillotine à sept tranchants. » Les représentants Boisset et Cadroy voyaient monter le flot, ne s’opposaient à rien. Le 16 floréal au soir (5 mai 95), on se réunit aux spectacles et de là, les 300 compagnons de Jésus, en trois bandes, se portent aux prisons. Dans l’une les détenus se défendent en désespérés. Mais on emploie le feu, on les brûle vivants. Du plus haut, une femme, son enfant dans les bras, se lança dans les flammes. Cent personnes à peu près périrent.