Cadroy écrit à la Convention, mais en faveur des massacreurs, pauvres gens, qui n’ont fait que venger leurs parents. On les juge pour la forme, ils sont acquittés à Roanne. A leur rentrée dans Lyon, les pieuses dames, les bons royalistes, s’en vont les recevoir, et couvrent leur chemin de fleurs. Ils paradent au théâtre. La sensibilité publique les entoure, les accueille, et leur met sur le front la couronne de l’assassinat.
CHAPITRE VII
JOURNÉE DE PRAIRIAL (20 MAI 95). — ENVAHISSEMENT DE L’ASSEMBLÉE.
Un point se débattait entre les royalistes : « A qui fera-t-on grâce ? » — et beaucoup disaient : « A personne. »
Le plus intime conseiller de Monsieur, Antraigues, se contentait de 400,000 têtes, et disait : « Je veux être le Marat de la royauté. »
A Lyon, on disait sans détour, qu’il fallait massacrer la Convention toute entière, sans épargner les modérés, les Boissy, les Lanjuinais.
Cela avait un peu éveillé l’Assemblée, absorbée par les mouvements de Paris. Le 30 avril, sur un rapport de Chénier, on décréta que, conformément à la loi, les émigrés seraient jugés et condamnés. C’était Précy et son état-major de Lyon. Les trois cents coquins de Jésus firent au décret une réponse atroce, par le massacre du 5 mai.
L’Assemblée envoya un girondin très ferme, Poulain-Grandpré, qui remit un peu d’ordre. Les trois cents s’en allèrent de Lyon, et se mirent sur les routes à faire la guerre aux diligences. En juin, la Convention prit une grande mesure générale, désarma la ville de Lyon, et envoya ses dix mille fusils à l’armée d’Italie.
Les royalistes, à Paris, étaient fort divisés, fort nuancés. Beaucoup étaient simplement des marchands qui regrettaient l’ancien train des affaires, mais qui, d’opinion, étaient tout autant girondins. Beaucoup étaient des constitutionnels, comme Dupont de Nemours, l’ex-secrétaire de Turgot. Plusieurs étaient des jeunes gens de lettres qui aspiraient aux places, d’opinion flottante, modérée, un peu niaise (tel était Lacretelle). Tout cela remua en vendémiaire ; au fond, c’était peu violent.
Cette grande majorité de modérés énervait, détrempait la minorité violente, l’empêchait d’imiter les exploits des trois cents de Lyon. Dans ces violents, il y avait quelques furieux qui provoquaient un mauvais coup. Tel était le journaliste Poncelin, ex-prêtre, auteur du pamphlet Tuez-les ! Tel encore un petit Figaro (de Cadix), l’impudent Martainville, dangereux polisson. D’autres étaient des gentilshommes de tripot, souteneurs de filles, féroces et adroits duellistes. Boilly nous a gardé cette figure, l’a souvent reproduite dans ses admirables estampes. Gens usés ; peu de dents ; la mâchoire fort rentrée ; la tête en casse-noisette ; on dirait celle de la Mort.
Sauf l’escrime et l’épée, ils étaient peu de chose. Pour les grands remuements des masses, où il faut des reins, des épaules, ils embauchaient des assommeurs. Mercier assure que, dans certain cabaret borgne, au théâtre italien, ils louaient de ceux qu’on appelait les tape-dur de Robespierre, de ces gens qui boivent fort, n’y voient goutte, frappent et tuent.