Les propositions de Romme ne furent nullement excentriques, — nullement « des propositions de meurtre, de pillage », comme a dit Thibaudeau, — au contraire, d’humanité. Il demanda l’élargissement des patriotes détenus, — chose de haut à propos, au moment où l’on apprenait le massacre des prisons de Lyon.

Bourbotte, toujours généreux, réclama « l’abolition de la peine de mort. »

On rendait au peuple ses piques, la nomination de ses comités.

Pour les subsistances, ce qu’on décréta, ce fut précisément ce que l’Assemblée entière prescrivit le lendemain : une seule qualité de pain, plus de pain de luxe ; un recensement des farines fait de maison en maison.

On fit général de Paris un homme estimé, aimé de tous les partis, Soubrany, dont le royaliste Beaulieu fait lui-même l’éloge.

Mais qui écrira tout cela ? qui se fera secrétaire ? Goujon ne recule pas devant cette périlleuse responsabilité. Il monte pour écrire au bureau, disant : « Marchons à la mort. » Plusieurs députés l’arrêtaient, conseillaient de ne pas écrire. Ils ne voulaient qu’un simulacre de décisions qui calmât le peuple.

Les comités gouvernants qui depuis tant d’heures ne faisaient rien pour l’assemblée, méritaient bien d’être cassés. Goujon, Duroy, demandèrent qu’ils vinssent rendre compte, et qu’on les remplaçât. Duquesnoy le demanda surtout pour le Comité de sûreté. On vota que Duquesnoy, Prieur, Bourbotte, Duroy, iraient le suspendre et s’empareraient de ses papiers.

A ce moment, il arrive ce Comité de sûreté, du moins Legendre et un autre. Après ce long abandon, ils viennent ridiculement inviter la Convention à rester ferme à son poste, inviter la foule à sortir. On les hue, on les repousse. Duquesnoy demande que ce Comité soit arrêté.

Il était minuit et la foule s’écoulait d’elle-même. La faim et le mauvais temps ramenaient ces gens chez eux. Il ne restait qu’un petit nombre des plus acharnés. Les quatre nommés pour aller au Comité de sûreté, en sortant, heurtent des gardes nationaux qu’amenaient Legendre, Auguis, Kervélégan, Chénier et un autre. Boissy avait repris la présidence. Il ordonna au peuple de sortir, et le commandant des Filles Saint-Thomas, Raffet, baïonnettes en avant, fait évacuer la salle. On résiste. Mais bientôt arrive une nombreuse garde nationale. Les insurgés se précipitent, s’échappent, plusieurs par les fenêtres.

Qu’étaient-ce que ces Comités qui n’avaient rien, rien fait, qui arrivaient quand la nuit, la faim, la lassitude avait à peu près tout fini ? Ils comptaient quelques patriotes, comme Chénier et Rewbell, mais généralement ils suivaient l’influence de Sieyès, qui était l’inertie même, l’influence de Tallien. Qu’avaient-ils imaginé ? une chose fort dangereuse : de créer une assemblée, de réunir les députés épars dans un local qu’offrait une des sections. Mais n’était-ce pas un piège que tendaient les royalistes, pour mettre l’Assemblée chez eux ? on risquait ainsi de faire deux Conventions opposées. Tallien s’excusait, disant : « Nous vous aurions proposé en secret de vous y rendre. » Mais rien ne fut proposé réellement. L’Assemblée abandonnée ne sut rien, n’espéra rien, dut pourvoir à elle-même.